mardi 17 décembre 2013

À L’AUBE DE NOTRE RÉPUBLIQUE




« La politique est la forme moderne de la tragédie », André Malraux

Le 17 décembre 1962 notre jeune République traversait une terrible crise politique dont les séquelles sont encore sensibles sur les plans économique, politique, social et culturel. Cette crise mit un terme à dix-sept ans de compagnonnage entre deux hommes politiques qui avaient tout pour réussir à poser les fondements d’une nation prospère et émergente : Léopold Sédar Senghor, et Mamadou DIA. Pour illustrer la complémentarité entre les deux hommes, Roland Colin, qui fut l’élève de Senghor à l’ancienne ENFOM (École Nationale de la France d’Outre-Mer) et un des plus proches collaborateurs du Président Mamadou DIA,  écrivait : « la marche à l’indépendance fut une rude aventure, entre l’impatience motrice de Mamadou Dia et la prudence résignée de Léopold Senghor. L’un et l’autre constituaient une équipe miraculeuse pour franchir les obstacles. Ils le firent ensemble jusqu’au drame de décembre 62». Sans vouloir revenir sur les péripéties politiques qui ont conduit à ce douloureux évènement, nous pouvons affirmer que cette crise a porté un coup dur à l’ambition que les deux hommes avaient pour notre pays. Le but, ici, n’est pas d’alimenter une polémique entre Senghoristes et Diaistes, il s’agit plutôt, par devoir de mémoire et, sans doute, par reconnaissance républicaine, de revisiter un moment déterminant de l’histoire de notre pays, afin d’en tirer des enseignements pour envisager, avec sérénité, l’avenir. Roland Colin nous disait un jour : « Aujourd’hui est le fils d’hier et le père de demain ». Ce truisme temporel est au cœur de cet hommage.

Nous pouvons nous glorifier d’avoir un État démocratique qui demeure un modèle sur le continent africain. Malgré toutes nos autres fragilités, nos institutions et l’esprit de notre peuple nous ont garanti, jusqu’ici, des alternances saluées dans le monde entier. Ces acquis sont appréciables mais notre pays est toujours dans une situation de pauvreté caractérisée par une dégradation des conditions de vie à l’intérieur du pays avec des déséquilibres économiques et sociaux criardes et une crise profonde des valeurs morales et citoyennes. Le choix d’éduquer les masses est une vision qui mérite, plus que jamais, une actualisation. Inventer l’avenir comme le préconisait Thomas Sankara qui était très attentif à la politique de Dia peut consister, en ce qui concerne le Sénégal, à définir une politique de développement holistique. Mamadou Dia voulait que toutes les couches de la population soient sensibilisées aux initiatives de l’État pour prendre une part active dans leurs réalisations. Aspirant ainsi à une Nation comptant sur ses propres forces, Dia en accord avec Senghor, avait conçu le premier plan quinquennal avec l’équipe du père Lebret pour établir les jalons d’une économie solide gage d’une véritable autonomie. Cette stratégie mise en œuvre dès 1958 était une voie salutaire pour l’Afrique à l’aube des indépendances, car elle s’enracinait dans les réalités socio-culturelles de notre pays. Ce plan a donné naissance à l’animation rurale, un mécanisme décisif au service de la démocratie participative et du développement. 

Senghor, en tant que défenseur infatigable de l’identité noire à travers la négritude, théorisait un message universel appelant au métissage des intelligences, des cœurs et des projets humains. Les deux dirigeants affichaient une belle complémentarité pour notre pays car pour paraphraser le philosophe Bachir Diagne « On ne peut pas, économiquement, avoir raison si, culturellement, on a tort ». L’État était incarné par Dia avec tout ce que cela exigeait de fermeté, d’organisation et d’impartialité tandis que les utopies nécessaires à l’émergence d’une nation forte et équilibrée émanaient de Senghor avec tout ce que cela comporte de compromis habiles. C’est en cela que les procès faits hâtivement à ces deux grandes figures de notre histoire sont souvent injustes. Ils oublient un contexte difficile où une prise de conscience rapide des anciennes colonies françaises était une véritable hantise pour l’ex puissance coloniale. Les indépendances cachaient un prolongement de la dépendance et un maintien des nouveaux États dans une situation de balkanisation. En interne, des synarchies maraboutiques consolidaient un héritage souvent incompatible avec l’indivisibilité d’une nation. Avec de telles contraintes, le duo Senghor/Dia aura, au moins, réussi à fonder une patrie dont on peut être fier, en dépit de l’épisode malheureux que Roland Colin, en sa qualité de témoin, décrivait ainsi : « ce que l’on a nommé « coup d’État », bien abusivement, dans le discours des événements qui suivirent, n’avait été, en réalité, qu’une péripétie, à la fois dérisoire et tragique, traduisant un non-sens humain et politique, et rejetant Senghor dans la solitude dorée des honneurs de la République, et Dia dans celle, infiniment cruelle, de la prison brûlante de Kédougou. D’une certaine façon, un drame à hauteur de l’antique tragédie grecque, au grand dam de l’histoire africaine, qui avait bien besoin de ces deux hommes ensemble. Un épisode tragique, dans la série des drames du continent qui virent tomber une série de figures emblématiques : Lubumba, Amilcar Cabral, Thomas Sankara et tant d’autres champions de la démocratie et de la liberté ».

Plus de cinquante ans après, le Sénégal fait face à de nombreux défis que l’actuel régime a la lourde tâche de relever. Il en est ainsi de la nécessité du redressement économique qui passe par la restauration des valeurs républicaines, la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance sans lesquelles toute initiative politique est vouée à l’échec. La rigueur, le pragmatisme et l’intégrité morale de Dia ainsi que la posture d’homme d’État et la dimension multiculturelle de Senghor sont des qualités nécessaires pour mener le Sénégal vers l’émergence. Malheureusement, ces événements de décembre 1962 semblent avoir engendré une dévaluation inquiétante de l'autorité, qui a coïncidé avec une montée du mensonge et de la violence. Depuis les années 2000, notre pays fait face à des régressions multiples. La compétence et l’éthique sont devenues des handicaps dans le champ politique sénégalais tandis que sont adulées et récompensées la trahison, la lâcheté, l’imposture et la médiocrité. C’est en réponse à ce constat malheureux que le président Macky Sall appelle à la restauration des valeurs républicaines. Mais, le plus difficile, manifestement, réside dans la capacité de traduire en acte cette volonté.

Enfin, une bonne lecture des sacrifices humains et politiques de notre histoire devrait créer un engagement fort pour une Afrique unie et autonome. La présence française en République Centrafricaine et au Mali montre, si besoin, la vulnérabilité de nos États post-indépendants. Notre responsabilité est de nous approprier, sans nostalgie ni passion notre histoire pour trouver des équilibres d’avenir. Cela passe d’abord par l’éducation à la base et au sommet car c’est à ce niveau essentiel que l’on mesure le chemin qui nous sépare du développement.
Amadou Bâ, CCR France

dimanche 15 décembre 2013

AMANDLA !





« La politique peut être renforcée par la musique, mais la musique a une puissance qui défie la politique. » Nelson Mandela



Au nombre des millions d’anonymes qui vénèrent Madiba, ma voix sera, certainement, un soupir indistinct devant celles plus autorisées des privilégiés qui ont approché le grand homme. Néanmoins, de mon humble existence, je tiens à partager quelques temps forts qui sont directement liés aux aspects les plus connus de la vie de Nelson Mandela. Car, d’une certaine manière, chaque être lui doit une fière chandelle pour la grandeur et la dignité qu’il a su inscrire dans l’histoire de l’humanité. Mon témoignage serait mon hommage, si mon insignifiance devant la mémoire de ce géant ne devait pas me confiner à un recueillement silencieux.


Lorsqu’Hector Pieterson tombait sous les balles de la police de l’apartheid, j’avais exactement 1 an. C’était pendant les émeutes de Soweto qui ont inspiré le film Sarafina ! (1992) qui me poussera, plus tard, à m’intéresser à cette sombre page de l’histoire de l’Afrique du sud. Mandela était déjà au bagne depuis presque 15 ans et les élèves noirs résistaient en refusant la langue Afrikaans que l’oppresseur voulait imposer comme langue d’enseignement. Les images insoutenables de la répression de cette manifestation secouèrent le monde. Mais, véritablement, ma rencontre avec Nelson Mandela, toute proportion gardée, remonte aux années 1980. Comme tous les écoliers d’Afrique de ma génération, je découvrais cette énigmatique phrase en rouge au-dessus des tableaux noirs des salles de classe bondées : L’APARTHEID EST UN CRIME CONTRE L’HUMANITÉ. Chaque instituteur devait lire et expliquer ces mots à des enfants qui, pour la plupart, en étaient seulement aux syllabaires. L’exercice n’était pas toujours aisé; il fallait illustrer tous les termes clés. En définitive, l’approche tournait autour du parcours et de la personnalité de Mandela. L’effet était assuré. Il faut dire que le rêve d’une conscience noire universelle était encore vivant chez beaucoup de lettrés africains. Quant à nous, jeunes enfants d’Afrique, à cheval sur de multiples initiations et expériences structurantes, nos imaginaires avaient des horizons infinis. C’est donc assez naturellement que la geste de Madiba fut admirée et assimilée, en réponse à notre soif diffuse d’héroïsme et de renaissance. Dès lors, une sorte de veille informelle s’était spontanément mise en place. On comptait les jours, les mois, les années ; on s’enquérait de la situation en Afrique du sud et on parlait de Nelson Mandela jusque dans les hameaux les plus improbables. Les artistes et, particulièrement les musiciens, troubadours modernes, s’emparèrent de cette épopée contemporaine.


Mon premier choc émotionnel, à ce propos, a été le concert mythique des 70 ans de Mandela à Wembley en juin 1988. Je le découvris, plus tard, sur une cassette VHS qu’un oncle avait généreusement sauvegardée. Cet événement musical exceptionnel de 11 tours d’horloge, diffusé sur la BBC et vu par près d’un milliard de personnes malgré les censures, a été un tournant décisif dans le rejet de l’apartheid. Au-delà de sa charge politique particulièrement puissante, subtile et efficace, ce concert me fit aimer les plus grands musiciens et groupes de l’époque : Myriam Makeba, Peter Gabriel, Eurythmics, Tracy Chapman, Al Green, Dire Straits, Sting, Whitney Houston, Stevie Wonder, George Michael Harry Belafonte, Hugh Masekela, Eric Clapton, Joe Cocker, Bryan Adams…et bien sûr notre Youssou Ndour national dont on oublie parfois qu’il a toujours été au top dans la cour des grands pour les causes justes. Avec le recul, il me paraît possible que mes préférences esthétiques et éthiques et, plus globalement, la construction de ma personnalité aient pu être influencées par les réactions artistiques à l’apartheid. Ce « Nelson Mandela 70th Birthday Tribute », désormais accessible en version électronique figure en bonne place au panthéon de mes fétiches. Le stade de Wembley que j’ai visité comme un lieu de pèlerinage en août 2012, réalisant ainsi un rêve d’adolescent et conjurant mon regret de ne pas avoir été là au meilleur moment, est aussi un symbole subjectif de mon rapport à Madiba.


À la libération de Mandela le 11 février 1990, ma jeune conscience était déjà sensibilisée à l’enjeu d’un tel événement. Les moyens de communication n’étaient pas encore ceux d’aujourd’hui mais ses discours prophétiques avaient un impact planétaire. Ses tournées dans les pays ayant condamné les horreurs de l’apartheid révélaient au monde la dimension du personnage. Son propos ne souffrait d’aucune amertume ou d’esprit revanchard. Une telle hauteur était, au-delà cette Afrique du sud très éprouvée par un système radicalement inique, un défi et un appel à la fraternité mondiale. Pendant ce temps, toutes les mélodies d’inspiration sud africaine me pénétraient par tous les pores. De Nkosi Sikileli Africa à Shosholoza en passant par les inimitables Ladysmith Black Mambazo et le cultissime Asibonanga de Johnny Clegg, j’étais ouvert à tout ce qui renvoyait aux cultures sud africaines. C’est aussi au début des années 1990 que je regardais, pour la première fois, l’excellente saga Shaka Zulu du génial William Faure (mort à 45 ans en 1994 !). Avec un réalisme et une charge quasi mystiques, cette série s’est imposée dans mes représentations favorites des forces africaines traditionnelles. Bref, les années 1990 furent très riches en symboles. La prestation de serment de Mandela le 10 mai 1994 en tant que président de la République d’Afrique du sud et ses nombreuses médiations pour la paix (Zaïre, Soudan, Rwanda, Angola…) étaient aussi des moments forts de la décennie. Sa proximité assumée avec l’Algérie, Kadhafi, Fidel Castro, Yasser Arafat, parias déclarés des relations internationales, est la preuve qu’il est véritablement le « capitaine de son âme ».


Le tournant des années 2000 n’a pas été de tout repos pour le grand homme. S’étant officiellement retiré de la scène politique, il employait, cependant, sa retraite méritée à des soins et au soutien des causes humanistes. Il dira à ce sujet : « Personne ne pourra se reposer en paix tant que des gens seront courbés par le poids de la faim, des maladies, du manque d'éducation, et tant que des millions d'autres personnes à travers le monde vivront dans l'insécurité et la crainte quotidienne ». Je retiens, pour ma part, son opposition ferme à la guerre contre l’Irak et, pour terminer sur une note d’espoir, les concerts de la Fondation Nelson Mandela. Sous le titre 46664 (numéro de prisonnier de Mandela), ces rencontres musicales, ont pour but la lutte contre la pauvreté et le sida. Celle de 2008 à Hyde Park à Londres, à l’occasion des 90 ans de Madiba, m’aura marqué avec les prestations de Vusi Mahlasela et d’Amy Winehouse. Toutefois, je préfère l’iconique mari de Winnie au point levé au patriarche souriant avec dignité à la mort.


Nelson Mandela a été inhumé ce matin à Qunu terre de ses ancêtres. Il y a, dans les hommages planétaires rendus à l’éminent homme, une infinité de leçons capables d’améliorer notre existence. À ce que Montaigne désignait par l’humaine condition, ce qu’Hugo exprimait par « quand je vous parle de moi, je vous parle de vous », ce que Malraux suggérait dans La condition humaine et même ce que le surréaliste Breton proposait en réponse à la question « qui suis-je ? » Mandela a trouvé et vécu la réponse : Ubuntu. Loin des préceptes modernes du développement personnel, cette philosophie qui résume les qualités humanistes les plus fortes et les plus universelles doit nous accompagner dans notre lutte quotidienne contre nos propres démons.

Repose en paix Madiba !
 Latyr DIOUF

dimanche 1 décembre 2013

LETTRE OUVERTE





À Monsieur Macky Sall
Président de l’Alliance Pour la République
Président de la République du Sénégal

Paris, le 1er décembre 2013
Monsieur le président,

Aujourd’hui, l’APR fête ses cinq ans. Nous avons l’immense fierté de vous adresser nos plus chaleureuses félicitations pour le souffle extraordinaire que vous avez donné à cette famille politique. Nous nous glorifions, sans prétention aucune, des performances exceptionnelles que nous avons réalisées ensemble. Trois ans et trois mois seulement après la création de notre parti, vous arriviez au pouvoir avec un plébiscite qui ne souffre d’aucune zone d’ombre. Les spécialistes les plus au fait de la chose politique sous nos cieux s’étonnent encore de ce résultat que certains qualifient d’historique, tandis que d’autres parlent carrément de miracle. Pour nous et pour tous ceux qui étaient avec vous à toutes les étapes de cette conquête du pouvoir, il y a une explication très rationnelle à ce phénomène. Vous aviez organisé et réussi votre rendez-vous avec le peuple sénégalais, tout simplement. Vous leur aviez parlé sincèrement et votre YAKAAR était devenu l’espoir de tout un peuple. Nos félicitations et nos vœux vont également à tous les Républicains qui se battent sans réserve pour sortir notre fragile nation de l’ornière sans oublier de nous incliner devant la mémoire des tirailleurs sénégalais massacrés à Thiaroye le 1er décembre 1944.

Aujourd’hui, monsieur le président, les Sénégalais de l’extérieur sont sensibles à votre engagement inédit pour les couches sociales les plus défavorisées (bourse familiale, CMU, soins gratuits pour les moins de 5 ans…). Ils approuvent vos efforts pour le renforcement de nos institutions, l’assainissement des finances publiques, la traque des biens mal acquis et, surtout, votre détermination à maintenir le cap difficile d’une gouvernance sobre et vertueuse où le travail, la solidarité, la dignité et l’humilité seraient plus que des mots. La modernisation de notre agriculture, pour définitivement éloigner l’insécurité alimentaire, fait parti de vos priorités les plus porteuses d’espoir. L’attention particulière que vous accordez à la diaspora nous encourage, par ailleurs, à vous soutenir et à vous défendre plus que jamais. Le lancement, la semaine dernière, de la 1ère phase du FAISE (Fond d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur) est une preuve chaude de cet intérêt. Nous rappelons, volontiers, la possibilité donnée à nos concitoyennes de transmettre la nationalité à leurs enfants et, sans être trivial, l’augmentation de la limite d’âge des voitures entrant au Sénégal. Mais, c’est surtout le projet de la 15ème région et les nominations de Sénégalais de l’extérieur à des postes de responsabilité qui marquent cette confiance.

Aujourd’hui, monsieur le président, votre contrat de confiance avec les Sénégalais est, toutefois, éprouvé au quotidien par les agissements de certains responsables qui doivent et disent vous servir. Leur opportunisme ne brille que par un déni des dynamiques d’avenir et une fuite en avant peu pertinents pour le pays et pour une formation politique aussi prometteuse que la nôtre. Ils fabriquent ainsi des frustrations et des démotivations incompatibles avec l’atteinte de nos objectifs. Les analogies de plus en plus récurrentes avec le régime précédent nous mettent mal à l’aise car nous constatons, parfois, avec regret, certaines persistances de pratiques contre lesquelles nous avions dépensé tant d’énergie. La diaspora, jadis fer de lance du rayonnement de l’APR, est dans une situation de chaos artificielle insupportable. En France où tout a commencé, aime-t-on dire, la Délégation des Sénégalais de l’Extérieur et ses organes, du moins ce qu’il en reste, n’ont plus la moindre étoffe. Ils se sont engagés dans une chimère ubuesque qui consiste à brider toute initiative politique allant dans le sens de l’ouverture et de la démocratie interne. Chaque rencontre devient une occasion d’étaler les carences et l’absence de crédibilité de nos structures parsemées. Ceux qui sont envoyés de Dakar pour s’enquérir de la situation sont souvent témoins de cette déliquescence. Les militants sont, pourtant, toujours fidèles à l’idéal de notre alliance et continuent de répondre à tous ses appels.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, les militants de France comptent les jours, depuis l’annonce de votre prochaine visite qu’ils savent plus longue que les précédentes. Ils ont besoin d’être entendus, rassurés  sur le sens de leur engagement. Privilégiez, monsieur le président, le contact direct avec eux car les relais ont failli. Ces relais n’ont jamais rechigné à brouiller les chemins qui mènent à vous. Ils n’hésitent pas à taire et à cacher à vos partisans les plus résolus les informations pratiques nécessaires pour vous accueillir, vous écouter et vous accompagner. Ils leur ôtent ainsi jusqu’à ce plaisir d’une reconnaissance fugace qui ne mange pas de pain : une poignée de main à votre résidence, au salon d’honneur d’Orly ou de Charles de Gaulle. Et quand vient l’heure d’échanger sur la vie du parti, ils remplissent votre précieux temps d’ennui et de banalité. Quelque soit le format trouvé pour les rencontres tant attendues de cette semaine, il nous semble absolument nécessaire que les expressions des militants soient prises en compte. Les plus lucides vous diront, sans doute, que la structuration des organes de la DSE est urgente et largement à notre portée. Car, il s’agit de combler des vides réels. D’autres, tout aussi vigilants, auront remarqué, avec tristesse, l’absence d’Alioune Badara Cissé à vos côtés à l’occasion de cette fête de l’APR et ne manqueront pas de vous prier de le réhabiliter.

Monsieur le président, enfin, nous sommes honorés de vous souhaiter la bienvenue. Persuadés que cette lettre n’échappera pas à votre bienveillante attention, nous vous souhaitons un bon voyage et vous renouvelons, monsieur le président, notre loyauté et notre  dévouement républicains.

Amadou BÂ, Latyr DIOUF & Ben Yahya SY, CCR France

vendredi 22 novembre 2013

ABC, S’IL EST ENCORE PERMIS D’EN PARLER.





Alioune Badara Cissé, Coordonnateur national de l'APR, ancien Ministre des Affaires Étrangères du premier gouvernement du régime issu du 25 mars 2012 a été relevé de ses fonctions le mercredi 6 novembre. Cette décision, rendue publique et confirmée par le porte-parole de l'APR, nous interpelle en tant que militant aussi bien sur le fond que la forme. D'abord sur le fond, nous apprenons que c'est sur proposition qu’ABC a été relevé en réunion du SEN sans nous dire s'il a été entendu (Conseil de discipline) et quelle est sa version des faits sur l'accusation ou les accusations portées à son encontre. Dans toute structure organisée, les sanctions sont plutôt graduelles sauf dans le cas d'une faute considérée comme grave. Ensuite, sur la forme, de par la composition des « instances » de l'APR, c'est un « décret » qui avait nommé les membres de son Directoire et de son Secrétariat ; et c'est un « décret » qui a rétrogradé ABC. Le SEN ne pouvait pas aller à l'opposé d’une telle volonté car beaucoup de ses membres, au regard des conditions de naissance du parti, par césarienne, ne disposent d'aucune légitimité politique stricto sensu.
Cela est d'autant plus vrai que la titraille de la presse et la dépêche consultée sur le site de l'APS sont source de malaise dans les formulations. En effet, il a été noté la phrase suivante : « dans un communiqué reçu jeudi à l’APS, l’APR souligne que cette décision a été approuvée à l’unanimité par le SEN réuni mercredi à Dakar, en présence de Macky Sall, par ailleurs président de la République». Celle-ci est loin d'être anodine dans un contexte pareil et fait planer un doute sur cette unanimité. Cette communication lapidaire ne peut échapper à certaines questions aussi légitimes les unes que les autres. L’information ne dit pas si le SEN a été convoqué juste pour mettre fin aux fonctions de Coordonnateur national de Cissé, ou pour redistribuer les pouvoirs au sein des instances dirigeantes.
Le limogeage d'ABC nous permet par la même occasion de poser la lancinante question de la démocratie interne et de la structuration du parti pour tourner le dos définitivement à sa gestion informelle. Dans le Manuel de Formation pour la démocratie du NDI, il est écrit : « Les partis politiques jouent un rôle nécessaire dans les sociétés démocratiques. Les partis politiques efficaces et démocratiques permettent la participation des citoyens et citoyennes dans le système politique et servent à renforcer la confiance et l’engagement du peuple dans le processus démocratique. Les partis bien organisés et fondés sur des valeurs et principes démocratiques sont aussi en meilleure position pour représenter les besoins des populations et pour gagner l’appui populaire lors des élections. ». En d'autres termes, la démocratie devrait s'appliquer aussi, ainsi est-il allégué, aux affaires internes des organisations de parti politique elles-mêmes. Tout comme les citoyens d'une nation ont le droit d'exprimer leur opinion par leur suffrage lors des élections, de même les membres d'un parti politique devraient avoir le droit de sélectionner et de rejeter leurs chefs, leurs élus et leurs candidats à des fonctions publiques.
À titre d'exemple, l'Allemagne est un pays où la valeur de la démocratie interne de parti est considérée comme allant de soi. La Loi fondamentale de 1949 stipule au sujet des partis politiques que « leur organisation interne devra se conformer aux principes démocratiques » (article 21, para. 1). La démocratie interne de parti fut également une revendication majeure des réformateurs du Parti progressiste aux États-Unis vers le tournant du vingtième siècle. C'est suite au chaos lors du congrès pour la désignation présidentielle des démocrates à Chicago en 1968 que le parti décida une fois de plus d'introduire des réformes qui augmenteraient les pouvoirs des militants de la base et diminueraient ceux des « patrons ». Les réformateurs ont introduit différentes mesures pour consolider la démocratie interne du parti. La démocratie est également la plus belle manière d'éviter la crise du militantisme car elle permet de prendre en considération la voix des militants et adhérents si l'on sait que ces derniers sont des personnes affiliées à une formation politique car elles possèdent leur carte du parti après avoir payé une cotisation, généralement d’un faible montant alors que le militant est un adhérent actif. Cependant elle ne doit être nullement un droit de regard de pacotille mais bien au contraire un moyen d'empêcher l'installation d'une oligarchie au service exclusif du chef ou d'un clan.
L’affaire ABC doit être analysée sous l'angle d'un cas d'école pour nous pencher sérieusement sur la structuration de l'APR qui est plus qu'une urgence. L'APR est un parti au pouvoir dans une coalition et sans son leadership affirmé, nous ne devons pas être surpris que les actions du gouvernement ne soient pas bien relayées. Car à côté de toute communication institutionnelle, il doit y avoir une communication politique et le Président ne doit monter au créneau qu'en dernier ressort. Force est de reconnaître que la structuration ne sera pas choses aisée surtout avec les élections locales qui pointent à l'horizon, mais un mal nécessaire parceque deux déficits lourds de conséquences doivent être vite comblés : la migration des personnes qui étaient dans l'appareil du parti vers la gestion de l’État et la gestion provisoire de l'APR. En mettant fin aux fonctions de coordonnateur national de l’APR exercées par Alioune Badara Cissé et en le relevant de toutes les instances de direction du parti à savoir le Secrétariat exécutif national (SEN) et le Directoire politique national, il s'agira de trouver un second à Macky Sall autour duquel sera bâti l'équipe qui aura la lourde charge de gérer l'APR comme un vrai parti politique et non comme un fan club ou un mouvement de soutien. Le président doit ainsi donner d’autres gages dans sa volonté manifeste de faire bouger les lignes car il ne faudrait surtout pas réduire l'enjeu à un combat de « chefs » sans troupes ni légitimité à la base.
Nous ne devons pas perdre de vue un élément essentiel à savoir que l'APR en tant que parti politique structuré avec des instances et des organes dotés d'une légitimité des militants à la base n'existe pas encore. Et, la raison pour laquelle aucune oligarchie ne saurait être tolérée ou acceptée dans la mesure où celle-ci, foncièrement conservatrice, tenterait de réguler le fonctionnement interne de l'appareil pour la satisfaction de ses positions publiques au risque d'annihiler tout progrès social comme le Yonou Yokkute. Il ne faut pas perdre de vue que notre victoire du 25 mars est l'enfant proche et lointain des avatars du régime de Wade d'où la centralité de la pensée du pouvoir dans le débat. C'est pourquoi, d'ailleurs, le Président du parti est fraternellement interpellé sur son avenir avec cette unique question : Veut-il que l'APR survive à ses mandats pour lesquels on s’est engagé sans réserve ?

Ben Yahya SY
CCR France/Sénégal

ABC, L’HOMME QUI VOULAIT DEVENIR KHALIF À LA PLACE DU KHALIF !




Depuis qu’il a été démis de ses fonctions de Ministre des affaires étrangères, Alioune Badara CISSÉ s’était calfeutré dans un mutisme assourdissant sur les vrais raisons de son limogeage. Ce silence a été définitivement brisé le 1er novembre 2013 à Saint Etienne en France lors d’un meeting de clôture d’une pathétique tournée aux élans de complot ayant pour but de renverser le KHALIF avant de prendre sa place. En effet, il faut dire que ABC comme il aime si bien entendre, a toujours rêvé être à la place du Président Macky SALL dont il a toujours contesté la légitimité au plus profond de ses pensées. Rappelez-vous de ses doutes et incertitudes sur son ralliement en 2009 au camp du candidat Macky SALL en pleine campagne électorale que ce discours est venu confirmer en mettant à nu les véritables ambitions du camarade Alioune Badara CISSÉ .


À Saint-Étienne, il était question d’unité et de cohésion au sein de l’APR. L’ex Ministre des affaires étrangères du Sénégal et non moins coordonnateur national du parti a parlé de tout sauf d’unité et de cohésion. Tout le long de son discours Monsieur CISSÉ a préféré vociférer des critiques les plus violentes à l’endroit de sa propre famille politique que même un opposant le plus farouche ne saurait dire. D’abord, sur le fonctionnement du parti il parle de « profonde léthargie », « d’introspection », et de « bilan d’étapes », en s’attaquant violemment à l’institution que constitue le Président de la République, en méprisant toute alliance entre l’APR et les autres partis même si c’est contraire aux fondements de nos idéaux.  Ensuite il prône l’impunité sur la traque des biens mal acquis, en appelant à la protection des auteurs de détournements de fonds et autres calomniateurs de la république au mépris du droit d’information des Sénégalaises et des Sénégalais. Venant de la bouche d’une autorité de la République et membre fondateur de notre parti l’APR, je trouve cela ignoble et pathétique.


Au lendemain de son limogeage dont le Président a préféré taire les raisons par «Sutura» et «Kolere», le seul crédo de « ABC » à travers ses innombrables meetings et autres tournées devrait être de continuer à expliquer la vision du président de la République, de le soutenir dans son action et de défendre sa politique qui est entrain de porter ses fruits. Pas une seule fois monsieur CISSÉ ne s’est prononcé sur les réalisations concrètes du Président en le nommant préférant féliciter des premiers ministres et autres militants plutôt que de le défendre face aux insultes et calomnies. Une telle attitude n’a pour dessein que de diviser et de semer la zizanie dans notre famille l’APR, tout le contraire de l’unité et de la cohésion.


Le « Ngor » autre valeur cardinale au Sénégal cité par le camarade CISSÉ devrait l’inciter à se remettre en question afin de mieux apprécier ses erreurs qui lui ont valu la place qu’il mérite aujourd’hui. L’heure n’est plus à la course à l’accaparement du parti, il s’agit aujourd’hui de mettre en exergue le programme du parti, le YOONU YOKKUTE que le premier ministre madame Aminata TOURE et son prédécesseur sont entrain de faire à merveille. La seule et meilleure façon de massifier notre parti l’APR réside dans notre conviction et notre enthousiasme à réaliser les réformes que le Président Macky SALL a confié au premier ministre et son gouvernement. Pour cela le Président a besoin de ses alliés de « première génération », de ceux d’aujourd’hui et de tous les bras du Sénégal sans distinction aucune. La détermination du Président de la République à hisser le Sénégal sur la voie du véritable développement est plus que jamais d’actualité et dépasse largement les querelles partisanes pour je ne sais quels objectifs inavoués. En référence à une citation du Président de la République lors de sa visite récemment à Toubacouta, le « Sénégal des profondeurs » a besoin « d’une Agriculture qui servira non pas à nourrir les paysans mais à rendre leur vie meilleure et leur permettre de bien vivre et non de survivre ».


Le « Sénégal des profondeurs » en a assez de la politique politicienne aux seules fins de promouvoir des personnes au dessein inavoué et lugubre mais a besoin d’emploi, de santé et d’éducation. Le « Sénégal des profondeurs » a aussi besoin de transparence dans la gestion des affaires et des deniers publics. Ce besoin ne saurait s’accomplir pleinement en occultant le droit d’information des sénégalais sur la gestion de leurs biens et de leurs intérêts. En vertu de quoi la médiation pénale devrait privilégier la protection du mis en cause au mépris d’un droit fondamental d’information des Sénégalais ? Autre ponctuation du discours de Maître CISSÉ , ce sont les ordres et invectives adressés respectivement au Président de la République et à nos valeureux agents publics en les traitants d’incompétents et de non professionnels. Au-delà de ces insultes, c’est toute l’Administration sénégalaise dans son ensemble qui est bafouée. La décision du parti de faire taire de tels agissements en excluant le camarade CISSÉ , est venue à son heure et montre qu’il y a déjà un KHALIF bien en place.



Touradou SOW
Juriste


Membre APR Section Strasbourg

jeudi 14 novembre 2013

RELEVÉ DE CONDITIONS POUR MIMI.




Le 28 octobre 2013, Madame Aminata Touré, deuxième Premier Ministre sous l’ère Macky SALL a déroulé devant les représentants du peuple la politique générale du gouvernement. Au-delà des axes déclinés notamment la réduction des inégalités sociales, la relance économique et le renforcement de l’état de droit et de la bonne gouvernance, le discours a été marqué par la restauration des valeurs fondamentales gage d’un véritable développement. Le Premier Ministre a profondément mis l’accent sur le travail, la rigueur, la discipline, l’organisation et la reddition des comptes. Cette invite au retour à des valeurs républicaines et morales est à saluer. Alors qu’on a l’habitude d’entendre les Sénégalais dire que « khaliss kene dou ko liguey, daniou koy lidianti », le PM a pris le contre-pied de cette expression malheureuse et courante en affirmant haut et fort que « khaliss daniou koy niakh ». C’était un moment fort apprécié du grand oral de Mimi Touré.

Cependant, il faut aller plus loin que le discours pour opérer une véritable rupture avec les pratiques habituelles qui plombent notre développement socio-économique et moral, voire spirituel. Dans l’immédiat, il est absolument indispensable d’opérer une distance entre les contraintes de la politique partisane et l’urgence des affaires étatiques. Par exemple, les tenants de fonctions hautement prenantes devraient céder leurs rôles au sein du parti à d’autres camarades plus disponibles. On pourrait ainsi atténuer l’invasion du palais, des ministères et des directions générales par des militants et écarter les soupçons persistants de clientélisme. Car, il suffit de faire un tour dans ces lieux censés être les centres d’exécution de la vision et de la politique du Président de la République pour constater à quel point ils font aussi office de permanence politique pour les militants. C’est à se demander si les ministres et leurs personnels trouvent le temps de travailler efficacement et rigoureusement, entre les audiences et les coups de fils interminables. Malgré les larges créneaux accordés aux discussions politiques, la majorité des militants continue de se plaindre de l’inaccessibilité supposée des responsables promus. L’autre avantage d’une séparation entre fonctions étatiques et rôles au sein des structures serait de se pencher sérieusement sur l’organisation urgente de nos forces politiques

Ces remarques libres, spontanément formulées, font partie des difficultés qui expliquent le décalage entre les théories et la réalisation des projets de notre gouvernement, pourtant, pertinents et salutaires. Après la déclaration de politique générale, saluée par beaucoup d’observateurs ainsi que les populations, on espérait voir les ministres « envahir » les médias pour approfondir et compléter le discours de politique générale sur ses aspects sectoriels et techniques. Nous savons tous que le format de la déclaration de politique générale ne permet pas d’expliquer, dans les détails, les priorités des politiques à mettre en œuvre. Les ministres, dans leurs départements respectifs doivent nous dire comment et dans quel horizon les projets et les réformes annoncés dans la politique générale seront mises en exécution. Sinon, quel l’intérêt de retenir, pendant 8 heures, l’attention du peuple, si une pédagogie efficace des priorités retenues n’est pas développées par les membres du gouvernement ?

Le mandat du Président Macky SALL placé sous le sceau de la rupture impose un courage politique sans précédent. Ce courage se traduirait d’abord par une haute compréhension et une application sans faille de la célèbre formule du président de la République : « la patrie avant le parti ». Donner un contenu rationnel, dans tous les domaines, à cette profession de foi patriotique serait une manière de répondre à beaucoup d’attentes. Car, les Sénégalais sont profondément traumatisés par les iniquités qui ont sévi dans notre pays durant le règne de Wade. Pour éviter qu’elles deviennent des habitudes incontournables, il faut vite siffler la fin de la recréation. C’est à ce niveau que le premier ministre Mimi Touré nous rassure plus. Elle aborde, en effet, sans tabou, la nécessité de combattre ceux qui trichent pour parvenir à leurs fins. Et, quand on connaît leur proportion, leurs pouvoirs et leurs influences dans notre société, la démarche paraît moins tautologique. Mimi mérite, en cela, un soutien entier, notamment de la part de la Convergence des Cadres Républicains envers laquelle, elle a manifesté, la semaine dernière au Radisson Blu de Dakar, un enthousiasme sans précédent. Nous espérons la recevoir à Paris où la plus dynamique CCR de l’Alliance entend mettre à sa disposition ses talents pour l’exécution et la vulgarisation du Yoonu Yokkuté.

Amadou Bâ, CCR France

samedi 2 novembre 2013

DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE ET YOONU YOKKUTÉ.





La mondialisation impose de nouvelles orientations à la diplomatie économique. Les acteurs (États, Firmes transnationales, Institutions internationales, Organisations régionales, ONG…) et les enjeux (le commerce international, les investissements, les migrations, l'aide, l’action des ONG, la sécurité économique …) qui la déterminent, obéissent aujourd'hui à une logique multilatérale. La globalisation libérale et ses corolaires dont la puissance des marchés et l’explosion de la finance internationale composent désormais avec ses principales caractéristiques. Elles se manifestent dans l’explosion des flux (hommes, marchandises, capitaux, échanges immatérielles) et dans les réseaux de notre village planétaire avec des moyens de communication démultipliés et d’expression immédiats. Au-delà des apparentes mobilités internationales et des relations relativement libres, les coudées ne sont pas réellement franches. Nos pays sont particulièrement sous l’influence des Institutions de Bretton Woods, de l’OMC, des institutions spécialisées, des agences et des nombreux programmes des Nations Unis. À cela s’ajoute l’impact réel d’institutions économiques régionales, d’accords, de zones et d’associations qui déterminent les partenariats et réduisent le poids des États.



Au niveau national, le président Macky Sall avait promis, durant la campagne électorale de créer six pôles de développement économique, de recentrer les rôles de la Caisse de Consignation et de Dépôt et ses objectifs de mobilisation financière, de construire des logements sociaux, de moderniser l'agriculture, de mettre en place le FONGIP et le FONSIS, de doter le pays d’infrastructures et d'énergie et surtout d’appuyer les PME-PMI et de booster les industries intermédiaires. Ces choix pertinents connaissent des avancées significatives, même s’il reste beaucoup à faire. L'économie étant l'un des champs majeurs de l'activité diplomatique, comment ces efforts à l’échelle du pays et l’assainissement progressif des affaires peuvent être exploités dans nos représentations stratégiques pour servir pleinement le Yoonu Yokkuté ?



Le Ministère des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a un rôle central à assumer dans cette articulation. En parallèle avec ses prérogatives traditionnelles, il doit donner du contenu à la célèbre mais jusqu’ici stérile intention d’attirer des investissements étrangers créateurs d’emplois. En collaboration avec les autres pans du gouvernement et les administrations compétentes, il doit œuvrer pour la mise en place d'un cadre de régulation favorable et d’un environnement globalement propice au déploiement de l’entreprise, de l’industrie et des affaires. Pour convaincre sur ce plan-là et sortir enfin de la spirale de l’aide qui ne nous permettra jamais de nous passer de l’aide, pour paraphraser Thomas Sankara, il faut qu’on commence à proposer autre chose que nos carences. Dans ces rendez-vous du « donner et du recevoir » économique, pour songer à Senghor, une autre voix qui nous manque dans cette médiocrité conquérante, il faut vendre des spécificités authentiques et arrêter de débarquer au marché avec des concepts et des produits dont on ignore tout de l’élaboration. La première responsabilité du président de la République et du MAE, à ce propos, se situe dans le choix des hommes et des femmes devant constituer des relais, notamment dans les bureaux économiques de nos représentations diplomatiques. Jusqu’ici, les acteurs promus à notre connaissance laissent pantois tous les observateurs internes objectifs. Il est évident que leur compréhension de leurs missions stratégiques et de leurs enjeux sont plus que problématiques. Peut être sont-ils là seulement pour jouir du privilège d’être nommé ? En tous cas, nous aimerions pouvoir leur reconnaitre une compétence et une expérience quelconque pour continuer à espérer des horizons meilleurs. 

Loin de nous l’idée de discuter le pouvoir discrétionnaire de notre  Président si au fait des relations internationales et dont les communications extérieures nous honorent tous. Nous pensons que les médiations politiciennes très envahissantes et parfois intimes qui président à ces choix l’abusent malencontreusement. Macky Sall connait-il le vrai profil de ces représentants ? Ces derniers savent-ils seulement que la diplomatie économique est un pilier central des relations extérieures ? Sauront-ils convaincre et attirer des investissements étrangers au Sénégal, être à la hauteur et à l’aise dans des visites et des entretiens avec le monde des affaires, améliorer les outils d'influence et de promotion de nos intérêts économiques, former et recruter un personnel compétent, communiquer pleinement sur nos atouts et surtout dialoguer régulièrement avec les acteurs économiques nationaux et internationaux sans que des automatismes rédhibitoires installent le doute dans les rapports ? Le report de la rencontre avec le Club de Paris porte à croire que non.



Le Yoonu Yokkuté a pour ambition de remettre le pays en orbite et cela demande des investissements importants aussi bien nationaux qu’internationaux. Une volonté politique ferme qui comprend les concessions nécessaires entre autorités publiques, entre acteurs privés et entre autorités étatiques et non étatiques peut réaliser ce projet. Il est nécessaire de rompre avec la vision traditionnelle de la diplomatie sénégalaise qui nous renvoie des images de « beaufs » désabusés se cachant derrière une préciosité ridicule et un devoir de réserve dont la principale vertu est de masquer les insuffisances et de garantir l’oisiveté. Nous voulons désormais, partout, des « diplomates économiques », à l’image de ces jeunes loups en jean qui représentent leurs pays chez nous en Afrique et qui facilitent aux leurs l’exploitation de nos ressources. Il n’est jamais trop tard.
 Ben Yahya SY, CCR France/Sénégal & Latyr DIOUF, CCR France

dimanche 20 octobre 2013

DES PÈLERINS ET DES PIGEONS.


À dire vrai, il n’est guère aisé de prier en arabe, penser dans sa langue maternelle, étatiser en français, sans heurts, ni confusion et en toute sérénité. 
Amadou Guèye Ngom, Écrivain, critique d’art et chroniqueur sénégalais rappelé à Dieu en janvier 2010.

"Le royaume de Dieu est en toi et tout autour de toi, pas dans les palais de bois et de pierre..." Évangile de Saint Thomas



Au début, il était question de réfléchir sur le fait religieux au Sénégal mais, convenons-en, le sujet nécessite des développements plus importants que les modestes contributions de nos pages. En effet, nous ne parlerons pas de principes républicains comme la laïcité, ni du dialogue islamo-chrétien dont notre pays se proclame le chantre, ni de nos multiples confréries qui rivalisent de représentativité et d’imposture, ni des guides dont les actes et les paroles défient l’État, la morale et le bon sens, ni des mafieux jouisseurs qui spolient les citoyens au nom de Dieu et de leurs ancêtres, ni même de la Tabaski, cette occasion annuelle d’exacerber les inconséquences les plus incompréhensibles de notre peuple !


Les professions de foi en Dieu ont pris une telle ampleur au Sénégal que la moindre interrogation sur les pratiques religieuses devient suspecte. Or, beaucoup de maux seraient atténués si l’on acceptait de se soumettre à des introspections élémentaires sur notre spiritualité. Entre les héritages revendiqués, les éruditions déclarées, les noblesses et les puretés historiographiques, le Sénégal est quasiment pris en otage par sa richesse religieuse si particulière. Tout événement touchant à la religion devient une affaire d’État pour peu qu’il soit parrainé par un hypothétique descendant d’un de nos saints. Le mimétisme est tel que le pourquoi du comment est devenu un tabou absolu. Après tout, il suffit de montrer ostensiblement qu’on respecte les piliers de l’Islam et d’avoir un « sérigne » (guide spirituel) pour se fondre dans la masse. « Nit defay am kilifeu ! ». C’est là le 1er secret de l’estime populaire au Sénégal, du moins, celui qui est à la portée de tous. Une fois l’étiquette « Djoulite » (bon musulman) ou « talibé » (adeptes) acquise, on peut allègrement tricher, mentir, frauder, forniquer, trahir, voler, blesser, humilier, calomnier, se vanter, ignorer, marabouter, détruire et vivre dans une nonchalance et une oisiveté hédonique.



Le cinquième pilier de l’Islam qui, normalement, doit concerner peu de Sénégalais, vu l’indigence généralisée de nos populations, constitue le sujet de cet article. Il s’agit du pèlerinage à la Mecque qui est soumis à des conditions matérielles dont l’humanisme théorique honore tout vrai croyant. Car, cette 5ème disposition de l’Islam n’est pas une obligation. Elle s’adresse seulement à ceux qui ont la possibilité physique et les moyens de se payer ce saint privilège. Paradoxalement, l’écrasante majorité des 3 millions de fidèles qui accomplissent ce rite (même s’ils viennent de Suisse, de France ou d’Allemagne) est originaire du Tiers-monde. Pendant que les témoignages se suivent et se ressemblent sur cette expérience sacrée, les candidats au pèlerinage ne cessent d’augmenter, en dépit de la crise. Toutefois le quota du Sénégal qui est habituellement de 10500 têtes a été baissé cette année à 8400 à cause la rénovation titanesque de la Mecque. Une historienne saoudienne s’indignait sur France 24 de l’ambition de transformer la Mecque en Las Vegas et regrettait la disparition de deux tiers du patrimoine historique authentique de la Mecque. Le but de ces travaux est de tripler d’ici 2020 la capacité d’accueil de la ville sainte. Au-delà de l’agrandissement de l’esplanade, il faut des tours, des restaurants, des centres commerciaux, des hôtels et des infrastructures ultra modernes pour recevoir les 10 millions de pèlerins prévisionnels. Le pèlerinage 2012 avait rapporté 16,5 milliard de dollars à l’Arabie Saoudite. La Oumra (petit pèlerinage) et le Hadj (grand pèlerinage), principaux motifs du tourisme cultuel sont la deuxième source de revenu saoudienne après le pétrole. Ils rapportent, selon RFI, une manne financière estimée à près de 50 milliards d’euros. 


Les autorités saoudiennes ont, certainement, raison de prendre des mesures exceptionnelles face à la demande pressante des musulmans du monde qui veulent accomplir la 5ème recommandation. Elles seraient surtout mal inspirées de négliger cette source éternelle de cofinancement. Beaucoup de choses ont, certes, évolué dans l’organisation de l’événement annuel du pèlerinage mais le traitement des fidèles, en particulier, celui des Subsahariens reste à améliorer. Même si on est loin de l’époque mythique des caravanes, où de téméraires pèlerins noirs risquaient d’être enlevés et réduits en esclaves dès qu’ils foulaient des terres arabes ou berbères, le mépris envers les musulmans du sud est encore une réalité. En dehors des marges usuraires des compagnies et des intermédiaires véreux qui les baladent ou les abandonnent parfois, le coût réel de leur séjour sacré est proprement indécent. Le forfait hadj qui a augmenté de plus de 40% en trois ans, les hébergements aléatoires, les arnaques de toute sorte, les prix exorbitants sur place, les vols, la hausse occasionnelle du nombre de mendiants sont autant d’abus et d’injustices faits à ces croyants. Pendant qu’ils sont plumés tels des pigeons en attendant leur retour triomphal au bercail pour recevoir les hommages des proches, leur pays se confond en remerciement pour les aides reçues des pays qu’ils enrichissent. La semaine dernière, les ambassadeurs d’Arabie Saoudite et d’Israël à Dakar avaient respectivement offert 250 et 70 moutons aux musulmans sénégalais démunis pour la fête. Ces dons seront suivis bientôt des 10000 carcasses de viande annuelles dont la médiatisation met toujours mal à l’aise beaucoup de nos concitoyens.

Le 1er vol retour du pèlerinage atterrit à Dakar cette nuit…vers 4h du matin. Il n’est plus possible, comme ça a pu être le cas dans le passé, de laisser croire aux plus humbles que cette expérience est synonyme de sanctification. Il n’est plus possible, non plus, de nier son origine sociale et de fonder une dynastie qui se veut respectable sur la seule base du titre d’Al Hadj, comme avaient pu le faire certains pionniers. Devant la « surmédiatisation » de l’édition 2013 sur certaines chaînes de télévision, les apologies et les exégèses abracadabrantesques de certains reportages, on a juste envie de dire que nul ne connait l’adresse de Dieu. Nous devons orienter nos priorités vers les intérêts et  la dignité de notre Nation. Les Îles du Saloum, l'île de Gorée, le désert de Lompoul, la verte Casamance, la chute d'eau de Dindéfélo...sont aussi des patrimoines du vaste royaume de Dieu.
Latyr DIOUF, CCR France

dimanche 13 octobre 2013

ENGAGEMENT INTELLECTUEL À L’APR : MISSION IMPOSSIBLE ?



« Les Sénégalais veulent un leadership de type nouveau…; un leadership capable de tisser et de fédérer des consensus dynamiques pour une gouvernance partagée ; un leadership qui combat l'arrogance et la violence ; un leadership soucieux d'une gestion vertueuse des biens publics, qui refuse la confiscation de ce qui appartient à tous, par un groupe ou un parti! » Macky Sall


À la veille de l’élection présidentielle de 2012, l'intérêt pour la chose politique s’était accentué au niveau des élites et des intellectuels du Sénégal. Cet engagement politique résultait d’une frustration, d’un sentiment d’avoir abandonné le pays aux politiciens professionnels qui, pendant près de 52 années, avaient décidé à leur place. Le leitmotiv était le même et sonnait comme un cri de ralliement : plus jamais ça !

Mais, que faut-il entendre par engagement politique? Au sens commun, l'engagement fait écho à une promesse ou à une convention morale ou formelle. On s'engage à faire quelque chose, à agir. S’il est politique, l’engagement consiste à adopter et à assumer publiquement des positions et des stratégies qui servent l’intérêt général. Cette 2ème définition s'illustre souvent dans l'implication des intellectuels et des artistes qui cherchent à sensibiliser leur public à travers les choix exprimés dans leurs expressions et leurs actions. Le Président Macky Sall du fait de son engagement, de ses discours sur la rupture, de sa sérénité devant certaines épreuves, fut le principal bénéficiaire de l’engagement des élites apolitiques. La Convergence des Cadres Républicains (CCR) fut un réceptacle de ces énergies à travers une de ses principales missions : servir de force de proposition pour l’Alliance Pour la République.

Aujourd’hui, la CCR est minée par une crise qui tourne essentiellement autour de querelles crypto-personnelles. Jamais, nous ne nous sommes mobilisés autour de questions de stratégies politiques et d’options économiques majeures. Toutes les forces, toutes les ressources intellectuelles de ceux qui prétendent être des cadres du parti ont été constamment mobilisées dans le cadre de joutes sans véritables enjeux. D’ailleurs, nous sommes aux abonnés absents lorsque les grandes questions d’enjeu national sont agitées. Cette carence tient simplement au fait que le statut de cadre est usurpé ou squatté. Posez juste une question : quelle est la définition du mot cadre dans nos statuts ? Dès lors, pourquoi s’étonner que nous soyons contraints, parfois, de défendre l’indéfendable, pourquoi s’étonner alors que les seuls moments où le google group explose c’est pour présenter des félicitations, des prières ou des condoléances. Les répondeurs automatiques, du moins les « hululeurs » professionnels, tiennent le crachoir en de pareilles occasions. Chaque fois qu’un militant est promu, c’est la course aux soutiens et aux félicitations à tout va, malheureusement sans convictions.

Dans les colonnes de la presse écrite, dans les studios de radio et de télé, nous sommes invisibles et inaudibles. Combien de cadres de la CEN prennent le risque de porter la contradiction dans la presse à certaines décisions du Président Macky Sall ? Combien de cadres du CEN interviennent sur des problèmes purement techniques qui concernent la vie de la nation. Je ne parle pas de rhétoriques autistes du genre « défendre le Président » ou de manichéisme simplet  "avec lui ou contre lui". Ceux qui tombent dans ces travers ne défendent même pas le Président. Au contraire, ils pensent travailler pour leur ascension sociale. Au lieu de chercher à forger une personnalité propre à la CCR nous nous sommes jusqu’ici contentés d’abriter des débats dont l’essence ultime est d’être des appendices de querelles entre politiciens.

La passion avec laquelle le problème de la cimenterie Dangote a été traitée dans le forum a également montré que nous avions même des problèmes pour discerner l’intérêt particulier de l’intérêt général. Nous refusons systématiquement les voix discordantes. On s’abrite commodément derrière la sensibilité de la question. Elle n’a rien de sensible. Il s’agit simplement d’un problème de morale, d’équité, de justice sociale & d’opportunités pour donner du travail à ces milliers de jeunes qui ne voient même plus le diable pour lui tirer la queue. Dans le Doing Business 2012, le Sénégal est classé 154 sur 183 derrière la Gambie le Mali le Burkina, le Liberia, le Malawi. Ce ne sont pas les chapelets qui nous permettront de remonter la pente !

Toutefois, la CCR ne manque pas de compétences. Il s’agit juste de séparer le bon grain de l’ivraie. Si depuis son élection, Macky Sall n’a pas formellement reçu la CCR et semble lui préférer les reliques du passé et les transhumants, c’est parce que la structure tarde a s’imposer dans le rapport de force que nécessite la politique. Dans tous les grands partis des grandes démocraties, il y a toujours une élite soutenue par le parti ou par le gouvernement et qui fait un travail d’autant plus important qu’il s’exécute dans une totale discrétion et en toute objectivité. La CCR doit viser ce rapport avec le pouvoir dont elle a participé à la conquête.
LANSSANA SAKHO, CCR Dakar