mercredi 29 janvier 2014

CRIS D’ORFRAIE D’UNE OPPOSITION À LA RAMASSE




Un article inclassable paru sur le site diasporas.fr en date du 19 janvier 2014 qualifiant le bilan du président Macky Sall de « désastreux dans tous les domaines », nous commande une petite mise au point. Il n’est pas question d’alimenter une polémique qui donnerait un intérêt à tant de légèreté. Signé par trois "responsables" de l’opposition sénégalaise établis en France, ce texte est présenté comme un procès-verbal d’une rencontre qui, en réalité, n’est qu’une négation marginale des efforts du gouvernement.

En mars 2012, toutes les forces de la nation ou presque voulaient sortir le Sénégal du chaos institutionnel, économique et social dans lequel il était désespérément plongé. C’est ainsi que le président Macky Sall a pu bénéficier de ce plébiscite de plus de 65% des voix du peuple. Il a trouvé un pays en faillite et un peuple en quête d’un salut immédiat. L’ex-chef de l’Etat, conscient de la crise économique et sociale que traversait notre pays, prédisait, entre les deux tours de la présidentielle de 2012, une rupture de paiement dans la fonction publique en cas de défaite de son parti. Cette funeste prédiction ne s’est pas encore réalisée, même si la situation réelle du pays à l’arrivée de Macky Sall au pouvoir était proche de l’insolvabilité. Il fallait donc éviter l’explosion sociale en assurant le traitement des salariés, secourir le monde rural et soulager les couches les plus vulnérables. Nier ces efforts pour des raisons politiciennes relève d’une mauvaise foi que le statut d’opposant ne pourrait justifier.

Même si l’impatience de ceux qui attendent des miracles du nouveau pouvoir est dans l’ordre des choses, force est de reconnaitre que des jalons importants ont été posés. La campagne agricole de ces deux dernières années a permis de rehausser le prix du kg de l’arachide et d’éviter les bons impayés qui étaient devenus une règle sous l’ancien régime. La réduction de la dette intérieure et les efforts réalisés dans la fourniture de l’électricité sont de nature à relancer la situation économique. Au plan social, la mise en place des bourses de sécurité familiales et la baisse des prix des denrées de première nécessité ainsi que le coup de pouce non négligeable de la réduction des impôts contribue à soulager le budget des ménages. Face à une situation universitaire désespérée, il a fallu du courage et de la sérénité au président Sall pour engager une concertation nationale en vue d’une réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un monde en profonde mutation économique avec une concurrence féroce dans tous les domaines, l’enseignement et la recherche sont deux piliers sur lesquels un État comme le nôtre doit s’appuyer pour espérer frapper à la porte de l’émergence.

L’audit physique et biométrique de la fonction publique qui est à l’origine du gel des salaires de milliers de personnes soumises à une procédure de vérification constitue une mesure de bonne gouvernance et de transparence dans la gestion des biens publics. Il faut saluer ces mesures difficiles qui ont permis de détecter des poches de détournement durable de l’argent du contribuable. Ce que les opposants appellent l’austérité n’est rien d’autre que l’assainissement et l’orthodoxie nécessaires à la gestion des ressources publiques autrefois dilapidées dans une impunité totale au détriment d’une redistribution et d’un investissement dans les services sociaux de base. C’est dans le même sillage que s’inscrit la traque des biens mal acquis qui a permis de montrer l’ampleur du pillage économique que notre pays a subi ces dernières années. Le montant colossal de 47 milliards de franc CFA attribué à la seule Aida Ndiongue est une illustration actuelle des abus que Macky Sall entend limiter.

Enfin, assimiler cet engagement du président de la république à opérer les ruptures nécessaires à une menace sur les libertés individuelles et où à une dérive totalitaire est inqualifiable. Il suffit de considérer objectivement les dégâts commis sous l’ancien régime pour avoir l’honnêteté d’apprécier les mesures en cours. Aux plus dubitatifs, nous rappellerons simplement que le président SALL n’a pas encore fait deux ans de son mandat. La facilité d’accès à la presse en ligne permet des expressions singulières, parfois puériles mais elle ne doit pas être une occasion de manipuler, de manière éhontée, l'opinion. Il est vrai que le rôle naturel d’une opposition est d’affirmer ses réserves et ses distances par rapport à l’exécutif, mais dans le cas du Sénégal, cet impératif démocratique se doit, objectivement, d’intégrer un contexte politique particulier. Exercer son droit d’opposition dans une démocratie ne saurait être synonyme de médisances dans le but d’exister politiquement à tout prix. Le droit de s’opposer ne doit pas non plus occulter les obligations vis-à-vis de son pays. Le président Mamadou DIA nous rappelait dans ses mémoires qu’ « on croit parfois atteindre un adversaire politique en le poussant à s’humilier, alors qu’en fait c’est son propre pays que l’on atteint ». Cette figure tutélaire de notre République nous a enseigné qu’on peut instaurer un débat politique sain, loyal et inspiré par le code de l’honneur et de la vérité quelque soient l’enjeu et l’ampleur des adversités politiques.

Amadou BÂ, CCR France

jeudi 23 janvier 2014

À L’ÉCOLE DE LA CITOYENNETÉ




La notion de citoyenneté remonte à l'Antiquité. Très tôt intégrée par les civilisations grecque et latine, elle renvoyait à l’appartenance à une cité. Avec l'émergence des États, la citoyenneté devient un statut juridique, une condition  soumise aux droits, notamment celui de voter et de participer à la vie civique en général. Le statut de citoyen implique, par ailleurs, des devoirs en contrepartie de sa légitimité. Le respect de ses droits et de ses devoirs permet de renforcer le lien social et de garantir les équilibres nécessaires au pacte républicain. C'est ainsi que chaque citoyen détient dans une égalité idéale une part de la souveraineté politique. Dès lors, les termes « nation » ou encore « intérêt général » devraient résonner comme une convergence de citoyenneté.


Dans cette rapide entrée en matière, une hypothèse primordiale est sous-jacente : l’humaine substance, dans son hétérogénéité, ferait les citoyens. Assurer une égalité de principe, une unité dans la diversité est alors un enjeu de taille. Les pays considérés aujourd’hui comme de grandes démocraties sont souvent ceux qui ont franchi la délicate étape de la sécularisation et de l’abolition formelle de certains privilèges. La citoyenneté peut, en effet, trouver son sens à partir d’une séparation entre l’État et la religion mais surtout dans la volonté d’un peuple d’aller dans la même direction en respectant ses propres lois. Cicéron ne disait-il pas qu’un peuple n’est pas toute réunion d’hommes assemblés au hasard, mais seulement une société formée dans l’acceptation d’un droit?


Un Peuple, un But, une Foi, la devise de la République du Sénégal reprend, en quelque sorte, les fondamentaux de l’idéal citoyen en insistant sur sa finalité et la sincérité indispensable à sa réalisation. Malgré les bouleversements majeurs de notre vie politique, notre pacte Républicain est souvent sauvegardé, voire renforcé. Mais, il est constamment remis en question par les abus des pouvoirs face à un peuple aux prises avec sa propre survie. Les défis du quotidien sont bien souvent la principale priorité des Sénégalais. Face à cette course effrénée pour une existence décente, se dresse une catégorie de citoyens privilégiés dont les ressources proviennent des biens communs. Aussi, la traque des biens mal acquis initiée par le président Macky Sall trouve-t-elle toute sa pertinence. La récente affaire des 47 milliards de patrimoine financier attribués à une responsable politique de l’ancien régime met à mal le principe de l’égalité de tous que doit assurer un État de droit. Cette fortune individuelle qui donne le vertige interpelle tout citoyen sur les inquiétantes dérives dans la gestion des deniers publics. Au même moment, les multiples garants de l’autorité morale si prompts à se dresser en objecteurs de consciences se distinguent par un mutisme coupable, à défaut d’intercéder en faveur des délinquants. Tout cela, au nom d’un humanisme typiquement sénégalais qui met en avant la pudeur, le pardon, la tolérance et la dignité.


Devant ces entorses à la citoyenneté, des sursauts d’indignation ponctuent, heureusement, la marche de notre pays. Même si la résistance citoyenne tarde à avoir la capacité de pression escomptée, elle s’est déjà exprimée dans des moments graves de la vie de notre nation. Bien avant les mouvements « Y’en a marre » et « M23 » qui ont voulu impulser le concept de NTS (Nouveau Type de Sénégalais), des visions comme le « Set-Setal » et le « Boul-Faalé » avaient voulu réinvestir les exigences citoyennes. Ces orientations, essentiellement portées par des jeunesses urbaines, voulaient, comme le dirait Richard Banégas, faire émerger un nouvel éthos de la citoyenneté, produire de nouveaux imaginaires de la cité et de nouveaux modèles de citoyenneté critique en partie dégagée des logiques partisanes.


Au plan individuel, la résistance citoyenne a manqué d’endurance. Ses symboles les plus en vue ont été souvent sensibles aux sirènes du pouvoir. Des journalistes de renom et des membres remarqués de la société civile ont vite abandonné le terrain de l’éveil citoyen pour, arguent-ils souvent, servir leur pays dans le confort du pouvoir. Si cette finalité semble naturelle pour des politiciens aguerris, elle semble installer chez les populations un malaise et un doute quant à la sincérité des engagements pour la patrie. C’est une des raisons pour lesquelles l’engagement désintéressé pour un Sénégal émergent est, parfois, assimilé à un manque d’ambitions individuelles.

Un des moyens de rompre avec une citoyenneté qui répète les mêmes causes pour les mêmes effets serait la formation au militantisme. Un rôle de premier plan reviendrait ainsi aux structures politiques qui doivent se doter de véritables « écoles de parti ». Il est fréquent, en effet, d’observer des faiblesses au niveau des options idéologiques, stratégiques et éthiques des formations politiques. Les violences verbales voire physiques ainsi que la trivialité des sujets qui mobilisent l’opinion sont révélatrices de ce défaut de culture citoyenne. Notre commun vouloir de vie commune peut s’appuyer sur une éducation citoyenne renforcée par des échanges de bonnes pratiques au sein des partis politiques. C’est là, sans doute, une des conditions pour répondre positivement et efficacement aux ambitions de Macky Sall pour un Sénégal émergent.

Ben Yahya SY

CCR France/Sénégal