vendredi 22 novembre 2013

ABC, S’IL EST ENCORE PERMIS D’EN PARLER.





Alioune Badara Cissé, Coordonnateur national de l'APR, ancien Ministre des Affaires Étrangères du premier gouvernement du régime issu du 25 mars 2012 a été relevé de ses fonctions le mercredi 6 novembre. Cette décision, rendue publique et confirmée par le porte-parole de l'APR, nous interpelle en tant que militant aussi bien sur le fond que la forme. D'abord sur le fond, nous apprenons que c'est sur proposition qu’ABC a été relevé en réunion du SEN sans nous dire s'il a été entendu (Conseil de discipline) et quelle est sa version des faits sur l'accusation ou les accusations portées à son encontre. Dans toute structure organisée, les sanctions sont plutôt graduelles sauf dans le cas d'une faute considérée comme grave. Ensuite, sur la forme, de par la composition des « instances » de l'APR, c'est un « décret » qui avait nommé les membres de son Directoire et de son Secrétariat ; et c'est un « décret » qui a rétrogradé ABC. Le SEN ne pouvait pas aller à l'opposé d’une telle volonté car beaucoup de ses membres, au regard des conditions de naissance du parti, par césarienne, ne disposent d'aucune légitimité politique stricto sensu.
Cela est d'autant plus vrai que la titraille de la presse et la dépêche consultée sur le site de l'APS sont source de malaise dans les formulations. En effet, il a été noté la phrase suivante : « dans un communiqué reçu jeudi à l’APS, l’APR souligne que cette décision a été approuvée à l’unanimité par le SEN réuni mercredi à Dakar, en présence de Macky Sall, par ailleurs président de la République». Celle-ci est loin d'être anodine dans un contexte pareil et fait planer un doute sur cette unanimité. Cette communication lapidaire ne peut échapper à certaines questions aussi légitimes les unes que les autres. L’information ne dit pas si le SEN a été convoqué juste pour mettre fin aux fonctions de Coordonnateur national de Cissé, ou pour redistribuer les pouvoirs au sein des instances dirigeantes.
Le limogeage d'ABC nous permet par la même occasion de poser la lancinante question de la démocratie interne et de la structuration du parti pour tourner le dos définitivement à sa gestion informelle. Dans le Manuel de Formation pour la démocratie du NDI, il est écrit : « Les partis politiques jouent un rôle nécessaire dans les sociétés démocratiques. Les partis politiques efficaces et démocratiques permettent la participation des citoyens et citoyennes dans le système politique et servent à renforcer la confiance et l’engagement du peuple dans le processus démocratique. Les partis bien organisés et fondés sur des valeurs et principes démocratiques sont aussi en meilleure position pour représenter les besoins des populations et pour gagner l’appui populaire lors des élections. ». En d'autres termes, la démocratie devrait s'appliquer aussi, ainsi est-il allégué, aux affaires internes des organisations de parti politique elles-mêmes. Tout comme les citoyens d'une nation ont le droit d'exprimer leur opinion par leur suffrage lors des élections, de même les membres d'un parti politique devraient avoir le droit de sélectionner et de rejeter leurs chefs, leurs élus et leurs candidats à des fonctions publiques.
À titre d'exemple, l'Allemagne est un pays où la valeur de la démocratie interne de parti est considérée comme allant de soi. La Loi fondamentale de 1949 stipule au sujet des partis politiques que « leur organisation interne devra se conformer aux principes démocratiques » (article 21, para. 1). La démocratie interne de parti fut également une revendication majeure des réformateurs du Parti progressiste aux États-Unis vers le tournant du vingtième siècle. C'est suite au chaos lors du congrès pour la désignation présidentielle des démocrates à Chicago en 1968 que le parti décida une fois de plus d'introduire des réformes qui augmenteraient les pouvoirs des militants de la base et diminueraient ceux des « patrons ». Les réformateurs ont introduit différentes mesures pour consolider la démocratie interne du parti. La démocratie est également la plus belle manière d'éviter la crise du militantisme car elle permet de prendre en considération la voix des militants et adhérents si l'on sait que ces derniers sont des personnes affiliées à une formation politique car elles possèdent leur carte du parti après avoir payé une cotisation, généralement d’un faible montant alors que le militant est un adhérent actif. Cependant elle ne doit être nullement un droit de regard de pacotille mais bien au contraire un moyen d'empêcher l'installation d'une oligarchie au service exclusif du chef ou d'un clan.
L’affaire ABC doit être analysée sous l'angle d'un cas d'école pour nous pencher sérieusement sur la structuration de l'APR qui est plus qu'une urgence. L'APR est un parti au pouvoir dans une coalition et sans son leadership affirmé, nous ne devons pas être surpris que les actions du gouvernement ne soient pas bien relayées. Car à côté de toute communication institutionnelle, il doit y avoir une communication politique et le Président ne doit monter au créneau qu'en dernier ressort. Force est de reconnaître que la structuration ne sera pas choses aisée surtout avec les élections locales qui pointent à l'horizon, mais un mal nécessaire parceque deux déficits lourds de conséquences doivent être vite comblés : la migration des personnes qui étaient dans l'appareil du parti vers la gestion de l’État et la gestion provisoire de l'APR. En mettant fin aux fonctions de coordonnateur national de l’APR exercées par Alioune Badara Cissé et en le relevant de toutes les instances de direction du parti à savoir le Secrétariat exécutif national (SEN) et le Directoire politique national, il s'agira de trouver un second à Macky Sall autour duquel sera bâti l'équipe qui aura la lourde charge de gérer l'APR comme un vrai parti politique et non comme un fan club ou un mouvement de soutien. Le président doit ainsi donner d’autres gages dans sa volonté manifeste de faire bouger les lignes car il ne faudrait surtout pas réduire l'enjeu à un combat de « chefs » sans troupes ni légitimité à la base.
Nous ne devons pas perdre de vue un élément essentiel à savoir que l'APR en tant que parti politique structuré avec des instances et des organes dotés d'une légitimité des militants à la base n'existe pas encore. Et, la raison pour laquelle aucune oligarchie ne saurait être tolérée ou acceptée dans la mesure où celle-ci, foncièrement conservatrice, tenterait de réguler le fonctionnement interne de l'appareil pour la satisfaction de ses positions publiques au risque d'annihiler tout progrès social comme le Yonou Yokkute. Il ne faut pas perdre de vue que notre victoire du 25 mars est l'enfant proche et lointain des avatars du régime de Wade d'où la centralité de la pensée du pouvoir dans le débat. C'est pourquoi, d'ailleurs, le Président du parti est fraternellement interpellé sur son avenir avec cette unique question : Veut-il que l'APR survive à ses mandats pour lesquels on s’est engagé sans réserve ?

Ben Yahya SY
CCR France/Sénégal

ABC, L’HOMME QUI VOULAIT DEVENIR KHALIF À LA PLACE DU KHALIF !




Depuis qu’il a été démis de ses fonctions de Ministre des affaires étrangères, Alioune Badara CISSÉ s’était calfeutré dans un mutisme assourdissant sur les vrais raisons de son limogeage. Ce silence a été définitivement brisé le 1er novembre 2013 à Saint Etienne en France lors d’un meeting de clôture d’une pathétique tournée aux élans de complot ayant pour but de renverser le KHALIF avant de prendre sa place. En effet, il faut dire que ABC comme il aime si bien entendre, a toujours rêvé être à la place du Président Macky SALL dont il a toujours contesté la légitimité au plus profond de ses pensées. Rappelez-vous de ses doutes et incertitudes sur son ralliement en 2009 au camp du candidat Macky SALL en pleine campagne électorale que ce discours est venu confirmer en mettant à nu les véritables ambitions du camarade Alioune Badara CISSÉ .


À Saint-Étienne, il était question d’unité et de cohésion au sein de l’APR. L’ex Ministre des affaires étrangères du Sénégal et non moins coordonnateur national du parti a parlé de tout sauf d’unité et de cohésion. Tout le long de son discours Monsieur CISSÉ a préféré vociférer des critiques les plus violentes à l’endroit de sa propre famille politique que même un opposant le plus farouche ne saurait dire. D’abord, sur le fonctionnement du parti il parle de « profonde léthargie », « d’introspection », et de « bilan d’étapes », en s’attaquant violemment à l’institution que constitue le Président de la République, en méprisant toute alliance entre l’APR et les autres partis même si c’est contraire aux fondements de nos idéaux.  Ensuite il prône l’impunité sur la traque des biens mal acquis, en appelant à la protection des auteurs de détournements de fonds et autres calomniateurs de la république au mépris du droit d’information des Sénégalaises et des Sénégalais. Venant de la bouche d’une autorité de la République et membre fondateur de notre parti l’APR, je trouve cela ignoble et pathétique.


Au lendemain de son limogeage dont le Président a préféré taire les raisons par «Sutura» et «Kolere», le seul crédo de « ABC » à travers ses innombrables meetings et autres tournées devrait être de continuer à expliquer la vision du président de la République, de le soutenir dans son action et de défendre sa politique qui est entrain de porter ses fruits. Pas une seule fois monsieur CISSÉ ne s’est prononcé sur les réalisations concrètes du Président en le nommant préférant féliciter des premiers ministres et autres militants plutôt que de le défendre face aux insultes et calomnies. Une telle attitude n’a pour dessein que de diviser et de semer la zizanie dans notre famille l’APR, tout le contraire de l’unité et de la cohésion.


Le « Ngor » autre valeur cardinale au Sénégal cité par le camarade CISSÉ devrait l’inciter à se remettre en question afin de mieux apprécier ses erreurs qui lui ont valu la place qu’il mérite aujourd’hui. L’heure n’est plus à la course à l’accaparement du parti, il s’agit aujourd’hui de mettre en exergue le programme du parti, le YOONU YOKKUTE que le premier ministre madame Aminata TOURE et son prédécesseur sont entrain de faire à merveille. La seule et meilleure façon de massifier notre parti l’APR réside dans notre conviction et notre enthousiasme à réaliser les réformes que le Président Macky SALL a confié au premier ministre et son gouvernement. Pour cela le Président a besoin de ses alliés de « première génération », de ceux d’aujourd’hui et de tous les bras du Sénégal sans distinction aucune. La détermination du Président de la République à hisser le Sénégal sur la voie du véritable développement est plus que jamais d’actualité et dépasse largement les querelles partisanes pour je ne sais quels objectifs inavoués. En référence à une citation du Président de la République lors de sa visite récemment à Toubacouta, le « Sénégal des profondeurs » a besoin « d’une Agriculture qui servira non pas à nourrir les paysans mais à rendre leur vie meilleure et leur permettre de bien vivre et non de survivre ».


Le « Sénégal des profondeurs » en a assez de la politique politicienne aux seules fins de promouvoir des personnes au dessein inavoué et lugubre mais a besoin d’emploi, de santé et d’éducation. Le « Sénégal des profondeurs » a aussi besoin de transparence dans la gestion des affaires et des deniers publics. Ce besoin ne saurait s’accomplir pleinement en occultant le droit d’information des sénégalais sur la gestion de leurs biens et de leurs intérêts. En vertu de quoi la médiation pénale devrait privilégier la protection du mis en cause au mépris d’un droit fondamental d’information des Sénégalais ? Autre ponctuation du discours de Maître CISSÉ , ce sont les ordres et invectives adressés respectivement au Président de la République et à nos valeureux agents publics en les traitants d’incompétents et de non professionnels. Au-delà de ces insultes, c’est toute l’Administration sénégalaise dans son ensemble qui est bafouée. La décision du parti de faire taire de tels agissements en excluant le camarade CISSÉ , est venue à son heure et montre qu’il y a déjà un KHALIF bien en place.



Touradou SOW
Juriste


Membre APR Section Strasbourg

jeudi 14 novembre 2013

RELEVÉ DE CONDITIONS POUR MIMI.




Le 28 octobre 2013, Madame Aminata Touré, deuxième Premier Ministre sous l’ère Macky SALL a déroulé devant les représentants du peuple la politique générale du gouvernement. Au-delà des axes déclinés notamment la réduction des inégalités sociales, la relance économique et le renforcement de l’état de droit et de la bonne gouvernance, le discours a été marqué par la restauration des valeurs fondamentales gage d’un véritable développement. Le Premier Ministre a profondément mis l’accent sur le travail, la rigueur, la discipline, l’organisation et la reddition des comptes. Cette invite au retour à des valeurs républicaines et morales est à saluer. Alors qu’on a l’habitude d’entendre les Sénégalais dire que « khaliss kene dou ko liguey, daniou koy lidianti », le PM a pris le contre-pied de cette expression malheureuse et courante en affirmant haut et fort que « khaliss daniou koy niakh ». C’était un moment fort apprécié du grand oral de Mimi Touré.

Cependant, il faut aller plus loin que le discours pour opérer une véritable rupture avec les pratiques habituelles qui plombent notre développement socio-économique et moral, voire spirituel. Dans l’immédiat, il est absolument indispensable d’opérer une distance entre les contraintes de la politique partisane et l’urgence des affaires étatiques. Par exemple, les tenants de fonctions hautement prenantes devraient céder leurs rôles au sein du parti à d’autres camarades plus disponibles. On pourrait ainsi atténuer l’invasion du palais, des ministères et des directions générales par des militants et écarter les soupçons persistants de clientélisme. Car, il suffit de faire un tour dans ces lieux censés être les centres d’exécution de la vision et de la politique du Président de la République pour constater à quel point ils font aussi office de permanence politique pour les militants. C’est à se demander si les ministres et leurs personnels trouvent le temps de travailler efficacement et rigoureusement, entre les audiences et les coups de fils interminables. Malgré les larges créneaux accordés aux discussions politiques, la majorité des militants continue de se plaindre de l’inaccessibilité supposée des responsables promus. L’autre avantage d’une séparation entre fonctions étatiques et rôles au sein des structures serait de se pencher sérieusement sur l’organisation urgente de nos forces politiques

Ces remarques libres, spontanément formulées, font partie des difficultés qui expliquent le décalage entre les théories et la réalisation des projets de notre gouvernement, pourtant, pertinents et salutaires. Après la déclaration de politique générale, saluée par beaucoup d’observateurs ainsi que les populations, on espérait voir les ministres « envahir » les médias pour approfondir et compléter le discours de politique générale sur ses aspects sectoriels et techniques. Nous savons tous que le format de la déclaration de politique générale ne permet pas d’expliquer, dans les détails, les priorités des politiques à mettre en œuvre. Les ministres, dans leurs départements respectifs doivent nous dire comment et dans quel horizon les projets et les réformes annoncés dans la politique générale seront mises en exécution. Sinon, quel l’intérêt de retenir, pendant 8 heures, l’attention du peuple, si une pédagogie efficace des priorités retenues n’est pas développées par les membres du gouvernement ?

Le mandat du Président Macky SALL placé sous le sceau de la rupture impose un courage politique sans précédent. Ce courage se traduirait d’abord par une haute compréhension et une application sans faille de la célèbre formule du président de la République : « la patrie avant le parti ». Donner un contenu rationnel, dans tous les domaines, à cette profession de foi patriotique serait une manière de répondre à beaucoup d’attentes. Car, les Sénégalais sont profondément traumatisés par les iniquités qui ont sévi dans notre pays durant le règne de Wade. Pour éviter qu’elles deviennent des habitudes incontournables, il faut vite siffler la fin de la recréation. C’est à ce niveau que le premier ministre Mimi Touré nous rassure plus. Elle aborde, en effet, sans tabou, la nécessité de combattre ceux qui trichent pour parvenir à leurs fins. Et, quand on connaît leur proportion, leurs pouvoirs et leurs influences dans notre société, la démarche paraît moins tautologique. Mimi mérite, en cela, un soutien entier, notamment de la part de la Convergence des Cadres Républicains envers laquelle, elle a manifesté, la semaine dernière au Radisson Blu de Dakar, un enthousiasme sans précédent. Nous espérons la recevoir à Paris où la plus dynamique CCR de l’Alliance entend mettre à sa disposition ses talents pour l’exécution et la vulgarisation du Yoonu Yokkuté.

Amadou Bâ, CCR France

samedi 2 novembre 2013

DIPLOMATIE ÉCONOMIQUE ET YOONU YOKKUTÉ.





La mondialisation impose de nouvelles orientations à la diplomatie économique. Les acteurs (États, Firmes transnationales, Institutions internationales, Organisations régionales, ONG…) et les enjeux (le commerce international, les investissements, les migrations, l'aide, l’action des ONG, la sécurité économique …) qui la déterminent, obéissent aujourd'hui à une logique multilatérale. La globalisation libérale et ses corolaires dont la puissance des marchés et l’explosion de la finance internationale composent désormais avec ses principales caractéristiques. Elles se manifestent dans l’explosion des flux (hommes, marchandises, capitaux, échanges immatérielles) et dans les réseaux de notre village planétaire avec des moyens de communication démultipliés et d’expression immédiats. Au-delà des apparentes mobilités internationales et des relations relativement libres, les coudées ne sont pas réellement franches. Nos pays sont particulièrement sous l’influence des Institutions de Bretton Woods, de l’OMC, des institutions spécialisées, des agences et des nombreux programmes des Nations Unis. À cela s’ajoute l’impact réel d’institutions économiques régionales, d’accords, de zones et d’associations qui déterminent les partenariats et réduisent le poids des États.



Au niveau national, le président Macky Sall avait promis, durant la campagne électorale de créer six pôles de développement économique, de recentrer les rôles de la Caisse de Consignation et de Dépôt et ses objectifs de mobilisation financière, de construire des logements sociaux, de moderniser l'agriculture, de mettre en place le FONGIP et le FONSIS, de doter le pays d’infrastructures et d'énergie et surtout d’appuyer les PME-PMI et de booster les industries intermédiaires. Ces choix pertinents connaissent des avancées significatives, même s’il reste beaucoup à faire. L'économie étant l'un des champs majeurs de l'activité diplomatique, comment ces efforts à l’échelle du pays et l’assainissement progressif des affaires peuvent être exploités dans nos représentations stratégiques pour servir pleinement le Yoonu Yokkuté ?



Le Ministère des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a un rôle central à assumer dans cette articulation. En parallèle avec ses prérogatives traditionnelles, il doit donner du contenu à la célèbre mais jusqu’ici stérile intention d’attirer des investissements étrangers créateurs d’emplois. En collaboration avec les autres pans du gouvernement et les administrations compétentes, il doit œuvrer pour la mise en place d'un cadre de régulation favorable et d’un environnement globalement propice au déploiement de l’entreprise, de l’industrie et des affaires. Pour convaincre sur ce plan-là et sortir enfin de la spirale de l’aide qui ne nous permettra jamais de nous passer de l’aide, pour paraphraser Thomas Sankara, il faut qu’on commence à proposer autre chose que nos carences. Dans ces rendez-vous du « donner et du recevoir » économique, pour songer à Senghor, une autre voix qui nous manque dans cette médiocrité conquérante, il faut vendre des spécificités authentiques et arrêter de débarquer au marché avec des concepts et des produits dont on ignore tout de l’élaboration. La première responsabilité du président de la République et du MAE, à ce propos, se situe dans le choix des hommes et des femmes devant constituer des relais, notamment dans les bureaux économiques de nos représentations diplomatiques. Jusqu’ici, les acteurs promus à notre connaissance laissent pantois tous les observateurs internes objectifs. Il est évident que leur compréhension de leurs missions stratégiques et de leurs enjeux sont plus que problématiques. Peut être sont-ils là seulement pour jouir du privilège d’être nommé ? En tous cas, nous aimerions pouvoir leur reconnaitre une compétence et une expérience quelconque pour continuer à espérer des horizons meilleurs. 

Loin de nous l’idée de discuter le pouvoir discrétionnaire de notre  Président si au fait des relations internationales et dont les communications extérieures nous honorent tous. Nous pensons que les médiations politiciennes très envahissantes et parfois intimes qui président à ces choix l’abusent malencontreusement. Macky Sall connait-il le vrai profil de ces représentants ? Ces derniers savent-ils seulement que la diplomatie économique est un pilier central des relations extérieures ? Sauront-ils convaincre et attirer des investissements étrangers au Sénégal, être à la hauteur et à l’aise dans des visites et des entretiens avec le monde des affaires, améliorer les outils d'influence et de promotion de nos intérêts économiques, former et recruter un personnel compétent, communiquer pleinement sur nos atouts et surtout dialoguer régulièrement avec les acteurs économiques nationaux et internationaux sans que des automatismes rédhibitoires installent le doute dans les rapports ? Le report de la rencontre avec le Club de Paris porte à croire que non.



Le Yoonu Yokkuté a pour ambition de remettre le pays en orbite et cela demande des investissements importants aussi bien nationaux qu’internationaux. Une volonté politique ferme qui comprend les concessions nécessaires entre autorités publiques, entre acteurs privés et entre autorités étatiques et non étatiques peut réaliser ce projet. Il est nécessaire de rompre avec la vision traditionnelle de la diplomatie sénégalaise qui nous renvoie des images de « beaufs » désabusés se cachant derrière une préciosité ridicule et un devoir de réserve dont la principale vertu est de masquer les insuffisances et de garantir l’oisiveté. Nous voulons désormais, partout, des « diplomates économiques », à l’image de ces jeunes loups en jean qui représentent leurs pays chez nous en Afrique et qui facilitent aux leurs l’exploitation de nos ressources. Il n’est jamais trop tard.
 Ben Yahya SY, CCR France/Sénégal & Latyr DIOUF, CCR France