La Permanence Républicaine
VOX POP La tribune des opinions à la page
lundi 12 septembre 2016
samedi 12 septembre 2015
vendredi 16 janvier 2015
2014, UNE ANNÉE DÉCISIVE, MINE DE RIEN
Le traditionnel discours à la Nation du
président de la République a été une occasion en or pour certains acteurs
politiques de sortir de leur apathie. Cette allocution a permis au Chef de
l’État de présenter ses meilleurs vœux au peuple sénégalais marquant notre
volonté renouvelée de vivre ensemble, notre foi de tolérance et de fraternité.
Son but n’était donc pas de faire un bilan annuel d’activités qui aurait été
plus long avec des critères d’évaluation plus techniques et plus larges des
politiques publiques. Au lieu d’apprécier objectivement son format condensé,
son fond et sa forme, certains politiciens se sont emparés du discours pour lui
opposer des reproches froids qui attendaient ce moment pour se manifester. Il serait vain de vouloir
apporter une réplique argumentée à ces sorties dont le principal but est la
visibilité médiatique. Il est tout à fait compréhensible de profiter des
retombées de ces instants solennels de fin d’année où les audiences explosent.
Après les différentes réactions, il nous a semblé important de rappeler
spontanément, sans être exhaustifs, quelques moments forts ayant marqué l’année
écoulée. Cet énoncé devrait permettre à chacun d’apprécier librement les
efforts de l’équipe gouvernementale.
L’année 2014 a été essentiellement marquée
par le lancement du Plan Sénégal Émergent (PSE) unanimement approuvé par les
partenaires techniques et financiers (PTF) et les pays partenaires au Groupe
consultatif de Paris. Au-delà de l’immense succès du Sénégal lors de ce
rendez-vous, ce plan, devenu le seul référentiel politique à long terme
(horizon 2035), marque un changement de paradigme dans la mise en œuvre des
politiques publiques de développement. Jusque-là, les politiques publiques
avaient comme objectif principal la
lutte contre la pauvreté alors que le PSE, plus ambitieux, s’appuie a
une visée transformative plus inclusive et plus apte à mettre notre pays sur la
voie de l’émergence. Pour l’étape intermédiaire de 2018, la stratégie de
développement est déclinée autour de trois axes majeurs : (1)
transformation structurelle de l’économie et croissance ; (2) capital
humain, protection sociale et développement durable ; et (3) gouvernance,
institutions, paix et sécurité. Un certain nombre de secteurs clés ont été
identifiés autour du PAP (plan d’actions prioritaires) pour la période
2014-2018.
Après avoir identifié les atouts dont
dispose notre pays, le président de la République a mis l’accent sur le
développement de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’industrie
agroalimentaire. Cette stratégie répond à une triple ambition :
renforcement de la sécurité alimentaire et rééquilibrage de la balance
commerciale, développement des filières compétitives intégrées à haute valeur
ajoutée et préservation des équilibres socio-économiques et dynamisation de
l’économie rurale. Cette volonté a été récemment réaffirmée par le président de
la République lors sa tournée économique dans la région du fleuve pour
atteindre l’autosuffisance alimentaire en riz à l’horizon 2017. C’est dans ce
sens qu’une mesure pertinente a été prise : la suppression de la TVA sur
le riz local.
La célébration de la première édition de
la journée nationale de l’Élevage confirme la grande ambition du président pour
ce sous-secteur et sa volonté d’en faire un levier de l’émergence économique.
Les éleveurs ont été sensibles, lors de la cérémonie inaugurale, aux efforts
considérables consentis par le gouvernement : l’élaboration d’un plan
national de développement de l’élevage et d’un code pastoral, la modification
du code pénal pour lutter contre le vol de bétail, la mise en place des
mécanismes de pérennisation, de l’auto-approvisionnement des éleveurs en
aliments de bétail, l’accès au crédit etc. Le président de la République a
annoncé la mise en place prochaine, à Niakhar, d’un centre d’impulsion pour la
modernisation de l’élevage (CIMEL) à vocation caprine. L’objectif est
d’améliorer la productivité et la compétitivité de l’élevage.
C’est dans le même sillage que la première
journée nationale de l’Artisanat a été célébrée à Mekhé. Ce sous-secteur occupe
une place de choix dans le PSE basée sur une volonté d’intensifier le
développement de la formation et du perfectionnement, de réaliser et d’équiper
des infrastructures modernes et de promouvoir, de manière soutenue, les
produits et services artisanaux. Le gouvernement a entrepris un certain nombre
d’actions : l’installation des Comités Régionaux d’Artisanat dans les
quatorze régions, la réhabilitation du Centre de Formation Artisanale (CFA) à
Dakar et des Centres de perfectionnement dans certaines localités. Pour
financer les artisans, une convention de partenariat d’un montant de 2,741
milliards de francs CFA a été signée entre le ministère de tutelle et le FONGIP.
Sur le plan social, l’année 2014 a vu la
baisse du coût du loyer, l’élargissement des bourses de solidarité familiale et
la couverture maladie universelle (CMU), la gratuité des soins pour les enfants
de 0-5 ans, la baisse de l’impôt sur le revenu. Ces efforts traduisent la
politique de solidarité que le président de la République ne cesse de
manifester à l’endroit des plus démunis. Un important programme de logements
sociaux à Diamniadio a été lancé.
Au même moment, une stratégie de
rationalisation des dépenses publiques a été mise en place. Cette politique a
permis de faire des économies considérables sur les logements de fonction de
l’État d’environ 12 milliards ainsi que sur les factures téléphoniques etc.
Par ailleurs, des solutions durables ont
été adoptées notamment sur la crise universitaire. A l’issue de la concertation
nationale et de la tenue du conseil présidentiel sur l’avenir de l’enseignement
supérieur, un certain nombre de décisions ont été prises par le chef de l’État
permettant la mise en œuvre du programme de réformes prioritaires 2013-2017 et
du plan de développement de l’enseignement supérieur et de recherche pour la
même période. C’est ainsi que la carte universitaire est redéfinie avec la
construction prochaine des universités de Sine Saloum et de Diamniadio dont le
financement est déjà mobilisé ainsi que la rénovation des infrastructures dans
les universités existantes. Ces deux universités auront une capacité d’accueil
de 60 000 étudiants avec 20 UFR (unités de formation et de recherche).
Parallèlement, un vaste réseau d’instituts supérieurs d’enseignement
professionnel (ISEP) : Matam, Thiès, Diamniadio, Bignona et Richard Toll
est en cours. Pour celui de Matam, l’appel d’offre est déjà lancé alors que pour
Thiès le marché est attribué sur financement de la Banque mondiale.
La bonne gouvernance devient de plus en
plus une réalité avec le démarrage des activités de l’OFNAC qui reçoit la
visite des ministres pour la déclaration de patrimoine, conformément à la loi
et à l’exigence de transparence et de reddition des comptes dans la gestion
biens publics impulsée par le président de la République.
Pour financer les politiques sectorielles
du PSE, l’État a mis en place une batterie d’instruments de financement
innovants tels que le FONGIP, le FONSIS, la BNDE et la Finance Islamique. Ces
mécanismes déjà opérationnels pourront répondre aux besoins de financement des
PME, censées porter la croissance économique et créer des emplois.
L’année 2014 aura aussi été marquée par la
mise en place de l’acte III de la décentralisation adopté en fin décembre 2013 pour
promouvoir la gouvernance locale et de proximité.
Le traitement du seul cas identifié de la
maladie à virus Ebola et la politique de prévention déployée par les services
de santé ainsi que la fermeté du chef de l’État sur la fermeture des frontières
terrestres avec certains pays ont été déterminants dans la lutte contre cette
pandémie.
Sur le plan diplomatique, la réactivité de
la médiation sénégalaise dans la crise burkinabée a permis de trouver une
solution rapide et d’éviter à ce peuple frère des lendemains incertains.
L’organisation du sommet de la
Francophonie en fin d’année a été une réussite totale. Le Sénégal a réalisé, en
un temps record, le Centre International de Conférence Abdou DIOUF. Il a ainsi montré
ses capacités de répondre aux exigences des rencontres internationales en
termes de sécurité, malgré les menaces liées au terrorisme et à la maladie
Ebola dans la sous-région. A travers le succès unanimement salué de cette 15ème édition, le Sénégal a confirmé sa
réputation mondiale de pays de la Téranga et renforcé son image dans le concert
des grandes nations.
Même si l’on entend et comprend
l’impatience de certains citoyens, il serait juste de reconnaître que 2014 a vu
des réalisations et des décisions importantes qui confirment la volonté du
président de la République de tenir les promesses faites à son peuple. Devant l’ampleur
des dérives multiformes du régime précédent, la tâche est ardue mais, sans
prétention démesurée et sans communication offensive, gageons que le pouvoir actuel
fera tout pour que notre pays s’éloigne de la précarité oppressante dans
laquelle il semblait fatalement enfermé.
Amadou BÂ, CCR France
jeudi 16 octobre 2014
MISE EN ŒUVRE DU PSE : L’APPRENTISSAGE, UNE VOIE POUR LA CROISSANCE ET L’EMPLOI
Afin d’accélérer son processus de développement, notre pays met en œuvre le Plan Sénégal Émergent (PSE) pour la période 2014-2035 avec le plan d’actions prioritaires (2014-2018) et ses 27 projets phares. Le PSE ambitionne de réaliser un taux annuel de croissance de 7% au minimum pour éradiquer le chômage, contribuant ainsi à l’atteinte de l’objectif de création de 500.000 emplois du Président Macky Sall durant son mandat.
Compte tenu de l’urgence à répondre aux besoins d’emploi des Sénégalais, des jeunes en particulier, l’apprentissage semble être une voie pertinente pour créer ces 500. 000 emplois. Cette orientation a fait ses preuves dans des pays comme la France où 60% des apprentis trouvent un emploi en CDI à l’issue de leur formation. Il s’avère plus efficace que la formation classique. On entend par apprentissage, la possibilité de poursuivre des études, tout en apprenant un métier sur le terrain. Les apprentis suivent une formation théorique à l’école et bénéficient des savoir-faire de l’organisation qui les emploie.
Les actions entreprises par le gouvernement dans ce sens sont à encourager. S’il est symboliquement valorisant d’offrir aux apprentis ayant suivi une formation pratique un certificat, en guise de reconnaissance de leur savoir-faire, la vocation principale de la formation professionnelle reste l’insertion à l’emploi ou la création d’activités économiques. L’apprentissage est à rapprocher de l’amélioration du capital humain. Il s’agit de deux sources d'externalités positives et, par conséquent, de croissance pour la collectivité comme le démontrent les modèles de croissance endogène.
Dans une perspective à long terme (2019-2035), la capacité du Sénégal à être compétitif et à devenir émergent dépendra de l’investissement dans le capital humain et de l’efficacité dans l’utilisation des ressources selon la Banque Mondiale. Le système éducatif sénégalais a été identifié par les décideurs privés comme étant une des causes premières du retard de développement du pays. Il y a une inadéquation entre le contenu des formations et les besoins du monde du travail. Par ailleurs, le Sénégal manque plus de personnel technique qualifié que de personnel administratif. L’absence de corps intermédiaires (ouvriers spécialisés, techniciens, agents de maîtrise) est problématique car on dispose d’une main d’œuvre soit très hautement qualifiée soit très peu qualifiée.
Il convient également de noter qu’à long terme, l’alphabétisation universelle et les niveaux d’éducation de plus en plus sophistiqués sont nécessaires pour exploiter les progrès techniques et améliorer la productivité du travail. La faiblesse de cette productivité au Sénégal est liée au fait que la plupart des salariés sont des agents de l’administration sénégalaise dont la caractéristique est d'être pléthorique et inefficace. En outre la dégradation des services publics d’éducation contribue à réduire la productivité individuelle du travail, et partant la productivité globale de l’économie. L’efficience des dépenses publiques d’éducation est plutôt contrastée au Sénégal et nécessite des corrections.
La réforme de l’administration et la structuration de l’offre de formation s’imposent donc à l’économie sénégalaise caractérisée par la prépondérance du secteur informel. Ce secteur devrait dépérir progressivement avec la forte croissance prévue dans le PSE. En effet, au plan macroéconomique, il semble exister une relation inverse entre la proportion de l’emploi dans le secteur informel et le niveau du PNB par tête. Cette relation inverse révèle le caractère involutif de l’économie informelle; autrement dit, plus les effectifs augmentent dans l’informel, moindres seraient les recettes qui en sont tirées. Ainsi, ce ne serait pas en réduisant la réglementation ou en introduisant des normes de comptabilité et de gestion que l’on réduirait l’essor de l’informel. Celui-ci serait tout simplement lié à la faible croissance économique.
Dans une perspective à court et moyen termes (2014-2018), une politique éducative plus soutenue et orientée vers l’apprentissage s’avère urgente pour améliorer la productivité du travail et créer massivement des emplois surtout dans l’industrie, cible importante de l’investissement direct étranger (IDE) dans le PSE. Les IDE visent en priorité les industries à forte intensité de travail pour lesquelles les pays émergents ont un consistant avantage comparatif.
Pour rendre le dispositif de l’apprentissage opérationnel et efficace, il est nécessaire d’opérer une pédagogie pour changer sa perception auprès de l’opinion. Dans l’entendement général, l’apprentissage renvoie aux métiers manuels avec une image dégradante et aux filières de courte durée alors qu’on le retrouve dans tous les secteurs d’activités et avec la possibilité d’obtenir des diplômes de CAP au Bac + 5. A travers le PSE, le gouvernement, en collaboration avec le patronat, gagnerait à communiquer sur les débouchés et les avantages de l’apprentissage en mettant en exergue la diversité des formations et les parcours professionnels possibles pour inciter les jeunes à suivre cette voie.
Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place quelques mécanismes opérationnels tels que les organismes de branches d’activités pour le secteur informel capables d’accompagner les acteurs de ce secteur dans la définition et l’analyse de besoins de formation professionnelle et de suivre les apprentis jeunes comme adultes afin que ces derniers puissent accéder à un emploi et disposer d’un véritable métier.C’est un moyen de tirer l’informel vers le formel. Ces organismes viendront ainsi appuyer le FONDEF (Fonds de Développement de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle) dans sa mission de financement de la formation, du développement de l’employabilité des ressources humaines et de l’insertion et de la réinsertion des jeunes. Ils aideront les petites unités informelles à se doter de moyens humains et techniques en matière de réglementation et de procédures administratives et organisationnelles (élaboration des contrats d’apprentis, suivi et rémunération etc.).
Le concours des entreprises est fondamental si on veut rendre l’apprentissage opérationnel. C’est dans cet esprit qu’il faut assouplir les charges sociales des entreprises en contrepartie d’un engagement de recrutement de jeunes apprentis.
Préconisations :
- La mutualisation des fonds issus de la CFCE (Contribution Forfaitaire à la Charge de l’Employeur) d’autant plus que cette dernière vient d’être récemment revue en hausse. A titre d’exemple, l’Etat a collecté 16 milliards de FCFA au titre de la CFCE ou de la CGU (Contribution Globale Unique) en 2011. La mutualisation des fonds prélevés au titre de la taxe professionnelle permettra aux petites et moyennes entreprises d’allonger leur budget de formation pour former leurs salariés notamment les employés et ouvriers car ce sont eux qui en ont plus besoin.
- Faire profiter aux entrepreneurs évoluant dans le secteur informel tels que les artisans de l’avantage de se former et former leurs collaborateurs en contrepartie d’un accueil d’apprentis indemnisés par l’Etat et/ou les collectivités locales.
- Mettre en place des mécanismes d’exonération des cotisations sociales pour les employeurs (crédit d’impôts, primes à l’apprentissage, contribution financière au titre de la formation) en fonction de la taille de l’entreprise.
- Renforcer les capacités financières des Centres de Formation d’Apprentis (CFA) et la formation continue des maîtres d’apprentissage, en accompagnant les CFA dans l’encadrement et le suivi des apprentis.
- Créer et favoriser un environnement dans lequel l’esprit d’entreprise chez les apprentis se développe en vue de produire des richesses nouvelles et des emplois substantiels et rémunérateurs, facteurs de réduction de la pauvreté monétaire.
- Assurer un meilleur accès au marché du crédit (FONGIP, BNDE, Crédit Agricole notamment) des jeunes apprentis créateurs de PME et PMI.
- Assurer un service de proximité, par le biais des organismes de branches, auprès des agriculteurs en finançant leur formation avec un budget issu de la taxe professionnelle.
Dr Omar NDIAYE & Amadou Bâ, CCR France
vendredi 12 septembre 2014
ÉDITO 2
Voilà un an, ce 12 septembre, qu’on lançait
un blog de libre expression collective dénommé La Permanence Républicaine. Des
inquiétudes diverses et un espoir jamais entamé avaient présidé à l’ouverture
de cet espace. Le doute n’empêche pas l’optimisme, dit-on ; il en rationalise la perspective. Face aux nombreux défis qui interpellent nos générations et au
sentiment d’une conscience collective en faillite, nous avions choisi d’agir. Le
besoin de laisser des traces, la responsabilité de s’engager et le devoir de
témoigner sur les faits qui ponctuent la vie nationale ainsi que d’autres
sujets touchant à ses intérêts, motivent nos prises de position. En cela, force
est de reconnaître que cette ligne qu’on espère partagée est, plus que jamais,
opportune. Car, le Sénégal, et plus largement l’Afrique et le monde, traversent
une crise systémique multiforme dont l’effet le plus universel est la
démultiplication de la consommation, de l’égoïsme, de l’hypocrisie et du
pessimisme.
Dans un contexte global où des constats puissants
et pertinents dominent des mesures partielles et souvent peu audacieuses, il
est urgent que resurgissent des idéologies humanistes de progrès. La politique
des chiffres, de la productivité et de la rentabilité est, de plus en plus,
perçue comme une chimère. Elle offre juste des arguments parfois fallacieux à
certaines institutions et des plans de carrière à leurs serviteurs les plus
ambitieux. Le plus surprenant, c’est lorsque les grands acteurs de la
mondialisation (États, Firmes transnationales, Organisations régionales et
internationales, ONG…) présentent leurs actions prioritaires. Il serait
présomptueux, voire imprudent de remettre en question les orientations de ces
structures qui disposent, sans doute, des meilleures ressources humaines,
légales et matérielles mais il faudrait, peut-être, interroger l’impact de
leurs plans d’actions sur les populations. Ces dernières semblent tellement peu
impliquées et, par conséquent, peu concernées qu’elles créent des univers
propres, fragilisant ainsi l’utopie universelle de l’union, du vivre-ensemble,
du Même. Les expressions les plus parfaites de ces segmentations se retrouvent
dans les interdépendances en ligne et, plus particulièrement, dans les réseaux
sociaux. Ces mondes parallèles affirment un certain repli et imposent leurs
réalités qui défient constamment les hégémonies.
Voulant réagir à des inconséquences
analogues et à leurs retombées insoupçonnées sur notre nation et sur « son
Peuple, son But, sa Foi », notre blog a hébergé des opinions individuelles
très fortes. Elles ont porté sur les rapports de forces politiques au Sénégal,
la crise des valeurs, la citoyenneté, la bonne gouvernance, le fait religieux,
l’économie et sur des portraits d’illustres hommes d’État (Senghor, Dia,
Mandela). Les 28 articles déjà publiés au moment de ce bilan ont été
inégalement consultés ou partagés, ce qui nous donne une idée des sujets qui
mobilisent l’attention de nos lecteurs. C’est le lieu de remercier vivement ces
derniers pour l’intérêt accordé à nos sorties mais il est bon de rappeler que
nous n’avons aucun intérêt à nous inscrire dans la logique du tout pour
l’audience. Par ailleurs, au nom de ce principe, tous les textes proposés n’ont
pas été publiés sur le blog.
Toutefois, même si la réalité nous a
éloignés du format initial souhaité d’une page, nos orientations esthétique et éthique demeurent constantes. Une attention particulière est toujours portée sur l’expression et
la manière dont sont abordées les thématiques soumises. Quant au fond, son acuité, sa sincérité et son objectivité sont privilégiées.
Enfin, nous vous
invitons encore à nous rejoindre par vos contributions pour faire vivre cet
espace qui est résolument une tribune des opinions républicaines.
Latyr DIOUF, CCR France
lundi 11 août 2014
QUE JUSTICE SOIT ENFIN RENDUE!
Le procès de l’ancien ministre, Karim
Wade poursuivi pour enrichissement illicite, ouvert le 31 juillet dernier, doit
être analysé et compris comme une exigence démocratique et morale. L’enrichissement
illicite et le pillage des deniers publics ont toujours miné le développement
économique et social de notre pays. Pourtant, le Sénégal, par sa maturité
démocratique et sa stabilité politique et sociale, a toujours su attirer des investissements
étrangers. Malheureusement notre pays n’a pas pu en profiter pour se développer
à cause des crimes économiques répétitifs souvent restés impunis.
Dans son rapport annuel 2014,
l’Inspection Générale d’Etat (IGE) fait état de malversations flagrantes dont
les cas illustratifs sont le FESMAN, la maison du Sénégal à New York, la
construction du Monument de la Renaissance Africaine, l’ANOCI, etc. Plus
généralement, l’IGE note que « la gouvernance économique et financière est
marquée, dans beaucoup de secteurs, par des pratiques assez éloignées de
l’efficacité et de l’efficience ». Les cas de mal gouvernance portent aussi
sur la gestion foncière, la gestion des ressources énergétiques et minières et
les conditions de réalisation de divers autres projets.
A titre d’exemple, la construction du
Monument de la Renaissance Africaine a été faite en violation totale du code
des marchés publics et du code des obligations de l’administration. Ce projet
n’a pas fait l’objet d’appel à la concurrence, son financement ne figure pas dans
les comptes de l’État du fait qu’il a été pris en charge par un particulier
pour 20 milliards de FCFA en contrepartie de l’attribution, en pleine
propriété, de terrains domaniaux d’une superficie de plus 56 ha.
L’IGE fait état de nombreuses
irrégularités dans la gestion financière du FESMAN. Le rapport souligne
l’absence de documents de planification et d’un rapport d’activités à la fin du
festival, les violations de la loi d’exécution financière et comptable, les
manquements graves relatifs au recrutement et à la rémunération du personnel,
mais aussi sur le plan fiscal et des cas de surfacturations. « Prévue au
départ pour coûter cinq milliards de francs CFA, au titre de la participation
sénégalaise, la troisième édition du FESMAN, a finalement coûté au contribuable
sénégalais plus de quatre-vingt milliards de francs CFA, sans compter les
sommes encore dues à divers créanciers qui continuent de se présenter, pour
réclamer le paiement de leurs prestations. Le montant total de ces prestations
a été arrêté à 1 768 977 153 FCFA », selon l’IGE.
En définitive, le FESMAN n’était qu’un
festival de gaspillage des ressources publiques au grand dam des Sénégalais. Les
détournements des deniers publics qui ont particulièrement caractérisé le
régime d’Abdoulaye Wade doivent être sévèrement punis au même titre que les
crimes humains commis sous les dictatures sanguinaires ou les régimes
autoritaires.
Les conséquences de tels crimes sont
désastreuses sur le plan social et économique : augmentation du chômage, faillite
des entreprises nationales due à la dette intérieure, famine dans le monde
rural, crise dans les secteurs éducatif et sanitaire, émigration etc. Dans
certains pays de l’Afrique, de telles crises ont conduit à la guerre civile. Aujourd’hui,
de vastes pans de la population sénégalaise demeurent dans une situation de
grande précarité ; ce qui oblige notre pays à recourir à des endettements
lourds susceptibles de compromettre l’avenir des générations actuelles et futures
si on ne met pas un terme à ces pratiques. C’est immoral de s’enrichir sur le
dos des futures générations qui devront « payer des pots qu’ils n’ont pas
cassés » dans un pays comme le Sénégal dont les ressources sont très
limitées. Cela nous fait penser à la théorie de Michel Schneider sur l’indécence ordinaire qui peut consister
à prendre, contrôler et garder tout au détriment du peuple. Ainsi, une
catégorie de politiques prédateurs narcissiques, souvent aux compétences douteuses,
prospère, alors que les couches sociales, de plus en plus vulnérables,
prolifèrent.
L’ampleur des dérives dans la gestion
des deniers publics sous l’ancien régime doit interpeller tout citoyen sur le
devoir de transparence et de reddition des comptes de la part de ceux qui
exercent des responsabilités publiques. La traque des biens mal acquis est une
exigence légale, légitime et morale malgré les propos des opposants et de
certains Sénégalais totalement submergés par des affects de nature à prendre
les coupables pour des victimes. Le paradoxe sénégalais est de vouloir la
justice sans coupable.
Dans son premier discours adressé à la
nation en avril 2012, le président de la République avait marqué une volonté
ferme de rompre avec les pratiques malsaines dans la gestion des affaires
publiques. A l’époque, il disait ceci : « Au Gouvernement, je donne mission de traduire en
actes la forte aspiration au changement massivement exprimée le 25 mars. Cette
occasion historique constitue pour nous tous, un nouveau départ pour une
nouvelle ère de ruptures en profondeur dans la manière de gérer l’État au plan
institutionnel et économique ». Ce discours a été suivi par l’activation de la CREI (Cour
de Répression de l’Enrichissement Illicite) et la mise en place de l’OFNAC (Office
National de la Lutte Contre la Corruption et de la Concussion) marquant ainsi une
rupture de nature à instaurer une gouvernance vertueuse et sobre. Ce sont là
des règles élémentaires pour espérer bâtir un développement devant permettre à chaque
Sénégalais de vivre dignement. Dans un État de droit, on ne peut pas tolérer
une classe de privilégiés, illicitement enrichis, nous diriger et se permettre de piller, en toute impunité, les maigres ressources de nos pays.
C’est un faux débat de parler de la
compétence de la CREI en la contestant, comme le font ses détracteurs. Pour le
cas de Karim Wade qui est jusque-là en détention provisoire, ce procès est une occasion
de prouver son innocence. L’argument de l’inversion de la charge de la preuve
en matière d’enrichissement illicite n’est pas fondé. Selon Mody Gadiaga,
enseignant à la faculté de droit de l’UCAD, on part du principe que le train de
vie de Karim Wade a créé « une situation d’apparence qui s’élève au-dessus
de ses revenus légaux qu’on lui connaît. Il lui appartient, donc, de démontrer
que la réalité n’est pas conforme à cette apparence » autrement dit,
prouver l’origine licite de ses biens. On sait aussi que la fonction de
ministre est incompatible avec toute autre activité génératrice de revenus.
Certains accusés dans le dossier de la traque des biens illicites parlent de
dons octroyés par l’ancien président ou ses amis. Là aussi, Mody Gadiaga nous
édifie : « la loi sur l’enrichissement illicite stipule que la seule
preuve d’une libéralité, c’est-à-dire du don ne suffit pas à justifier de
l’origine licite des biens ».
Il ne faut pas apporter des réponses
politiciennes à des questions purement juridiques. Des responsables du PDS,
dans la panique font de la diversion et de la manipulation de l’opinion en nous
parlant de tentative de liquidation d’un adversaire politique, potentiellement,
redoutable pour le président Macky Sall en 2017. Le président Wade, lors son
retour très médiatisé, nous parlait de la qualification de Karim Wade au second
de tour de la présidentielle 2017. On est tenté de se demander sur quel projet
de société, quels programmes politiques alternatifs pour quelqu’un qui n’a pas
pu gagner dans son propre bureau de vote aux locales de 2009. L’attitude
républicaine commande de laisser la justice faire son travail et élargir la
traque des biens illicites à tous ceux qui ont commis des fautes dans la
gestion des affaires publiques. La seule préoccupation des Sénégalais est de
ramener l’argent logé dans les paradis fiscaux et faire de telle sorte que de
pareils actes criminels ne se reproduisent plus. Il est temps de finir avec la
petite politique politicienne à laquelle se livrent constamment certains acteurs
politiques. La politique est, avant tout, l’éthique personnelle, l’altruisme et
l’esprit de sacrifice au profit des générations à venir. La parution du livre
du colonel Ndaw « Pour l’honneur de
la gendarmerie sénégalaise » fait état de dérives inimaginables au
plus haut sommet des Institutions de la République. Il convient, dès lors, de
préserver enfin notre dignité de nation en sanctionnant les fossoyeurs de la
République.
Amadou BÂ, CCR France
jeudi 26 juin 2014
L’UNIVERSITÉ ET LA VIOLENCE CYCLIQUE
L'université sénégalaise semble
avoir renoué avec la violence qui la caractérise depuis plusieurs années. Les
derniers affrontements survenus dans l'enceinte du campus social de l'UCAD ne
sont que les conséquences d’une longue et profonde crise. Jusque-là, les
solutions proposées par l’État se sont avérées inefficaces s’ils ne provoquent
pas des précédents qui fragilisent davantage le système universitaire. C’est
pourquoi, il faut des réformes capables d’agir sur les causes profondes des effets
néfastes qu’on veut juguler.
Les crises récurrentes traduisent l'échec de notre
système éducatif, en général, et celui de l'enseignement supérieur, en
particulier. Au-delà de l'image stigmatisant d’une université sénégalaise
coutumière de scènes de guérilla urbaine qui ternissent ce qui doit être un
espace d'instructions, d'échanges, de confrontations intellectuelles,
idéologiques et même politiques, c’est la nature des protestations qui est
problématique et surréaliste. À l'origine de cette violence, ce sont toujours
des revendications d’ordre alimentaire alors que les conditions de travail
restent catastrophiques: effectifs pléthoriques, amphithéâtres exigus, absence
d’équipements pédagogiques, insuffisance d'encadrement, démarrage tardifs des
cours, manque criard de ressources documentaires etc. Dans certains
départements, les bâtiments sont en état de délabrement total constituant
ainsi, un danger permanent pour les étudiants et le personnel. Face à cette
situation alarmante, c'est l'indifférence totale. Les étudiants semblent peu
s'en soucier, quant aux enseignants, nombreux cherchent à arrondir les fins du
mois dans les écoles privées qui poussent comme des champignons pour pallier
les carences de l'enseignement supérieur public.
L’une des causes principales du malaise de nos universités
peut trouver sa source dans l’inadéquation entre les formations dispensées et
les besoins de l’économie nationale. En effet, certains programmes offrent peu
ou prou une qualification permettant aux étudiants de s’insérer dans le monde
du travail. L’absence de débouchés professionnels ainsi que la prise en charge
sociale qu’offre le campus, participent à maintenir certains étudiants, le plus
longtemps possible, dans l’espace universitaire et les dispensent d’affronter
la dure réalité de la vie après les études. À cela s’ajoute la politisation à
outrance de l’université qui est source de promotion pour certains étudiants
ayant « cartouché » plusieurs fois et dont la seule issue reste la
politique. Paradoxalement, la plupart des bourses d’études à l’étranger sont
octroyées à ces étudiants cartouchards. Cette clientèle politique agressive,
ces maîtres chanteurs bruyants et casseurs de biens publics plus rompus au
sabotage qu’à la quête de savoir deviennent des relais privilégiés des
formations politiques ou du pouvoir. En contrepartie d’un apaisement artificiel
de l’espace universitaire, ils sont souvent récompensés financièrement ou pistonnés.
Malheureusement
pour la société, ce sont les mêmes qui, parfois, après avoir échoué de nouveaux
dans les universités occidentales, se recyclent en politiciens pour revenir
diriger le pays. Ainsi, les mêmes causes produisent les mêmes effets
catastrophiques. C’est là que réside toute la responsabilité de nos dirigeants
de ces dernières années. Il est fréquent d’entendre d’éminents intellectuels
sénégalais magnifier la vision du Président Senghor qui consistait à détecter
les meilleurs étudiants et de leur octroyer des bourses étrangères. C’est tout
le contraire des pratiques connues sous le régime d’Abdoulaye et qui ont
tendance à persister.
Dans le même sillage, des mesures populistes et
insoutenables telles que la généralisation des bourses ont été prises pour
satisfaire des clientèles politiques. Même les pays infiniment plus riches que
le nôtre n’envisagent pas cette pseudo-incitation irresponsable qui tue le goût
de l’effort et la culture du mérite. Dans une ère de décrépitude morale
galopante, l’éducation et la formation constituent les meilleurs moyens de
réconcilier une société avec ses valeurs intrinsèques, condition de tout
développement véritable. À défaut d’instaurer très rapidement dans l’espace
universitaire l’apaisement nécessaire au vivre ensemble, le respect du bien
commun et la cohabitation en dépit des opinions divergentes, l’État doit
veiller au strict respect des lois et règlements de notre pays. La caricature
libérale et son cortège de déséquilibres et d’iniquités imposent aux
universités des pays du sud de s’adapter aux mutations sociales, économiques,
politiques et technologiques. Cependant, les réformes nécessaires doivent
prendre en compte nos besoins et réalités socio-économiques et culturels. Il
faut surtout un courage politique pour opérer des réformes radicales capables
d'agir sur les causes profondes.
C’est dans ce sens qu’il faut saluer et encourager le
ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour la fermeté avec
laquelle il gère la crise actuelle et sa ténacité face aux pressions des
étudiants et des politiques opportunistes qui profitent d’une situation aussi grave
au détriment des intérêts des étudiants et de l’université de manière générale.
L’université sénégalaise est appelée à renouer avec sa réputation, à redevenir un
espace de valeurs démocratiques où toutes formes d’extrémisme et de
manipulation politicienne seraient bannies, quelles que soient les positions à
défendre. Car une conviction, abstraction faite de sa nature, ne doit pas être
une raison pour ostraciser ceux qui ne la partagent pas. Ni l'étudiant, ni
l’université ne doivent être le souffre-douleur d’un paysage politique en mal
d’idées et de perspectives. Il est certes important que des partis politiques
aient des adhérents ou des sympathisants parmi les étudiants. Cependant, les
formations partisanes se doivent de veiller à l’encadrement de leurs
porte-parole, en leur inculquant les règles élémentaires, du débat d’idées, même
polémique suivant les impératifs d’un dialogue serein, délesté de l’adversité
rancunière. C’est en agissant de la sorte que l’étudiant, outre la formation
académique, sera doté d’une autre compétence, non moins importante, celle de
soutenir ses convictions par l’argumentation. L’étudiant est peut-être l’élu ou
le fonctionnaire de demain. Qu’on lui donne donc les moyens et les formations
requises pour qu’il soit à la hauteur des attentes de sa société! Qu’on
revisite les programmes et les curricula de manière à instaurer la culture de
ce dialogue qu'appellent de tous leurs vœux, enseignants, étudiants et parents!
Qu’on fasse des efforts en vue de réformer l’université, en l’adaptant au mieux
à son environnement économique, en luttant contre le décrochage et en redonnant
confiance aux étudiants! Il n y a pas pire que le désespoir et le défaitisme.
De pareils sentiments ne sont pas sans porter préjudice à la qualité de la
formation, à l’implication des étudiants dans leur propre apprentissage.
Renforcer les structures de base, en termes de cités universitaires, de salles
et de ressources humaines s’impose avec acuité vu les effectifs très élevés
auxquels l’université sénégalaise est confrontée.
Le conseil présidentiel sur l'enseignement supérieur et
la recherche du 6 mai 2013 avait dégagé des directives au nombre de 10 et un
Programme de Réformes Prioritaires (PRP) 2013/2017 qui doivent être mis en
œuvre sans tarder. De même la question des bourses, cette hérésie populiste,
léguée par le précédent régime doit être réglée une bonne fois pour toute car
le pays n'a pas les moyens d'en attribuer une à tous les étudiants. Aussi il
faudra clairement dire que le master pour tous n’est envisageable dans aucune
université au monde. Somme toute, la violence dans nos universités est un
phénomène qui requiert une approche plurielle. Penser exclusivement à des
mesures sécuritaires à l'instar des « franchises universitaires » ne
règle pas le problème. La prise de conscience de ces recommandations simples,
le dialogue, la patience et la culture de la tolérance pourraient suffire à
redorer le blason de nos universités, d’en faire une esplanade au-dessus des
considérations étriquées, génératrices de situations conflictuelles sans
intérêt pour l’émergence du Sénégal.
Ben Yahya SY
CCR France/Sénégal
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